Dernière mise à jour le 31 juillet 2026.


Alfred MARTIN ("Paddy")/ 120240
Sicilly Villa, Balmoral, Belfast, Irlande du Nord
né à Finaghy, faubourg de Belfast, le 26 mai 1920 / † le 20 décembre 2017
Fl Off, RAF Bomber Command 102 Squadron, bombardier
Atterri à Montbliart, à environ 6Km au sud-est de Sivry (Hainaut), tout près de la frontière française
Handley Page Halifax Mk III DY-T, N° série HR663, abattu par un chasseur (Wilhelm Herget, NJG 4/2 sur ME-110) la nuit du 16 au 17 avril 1943 de retour de mission sur Pilsen en Thécoslovaquie.
Écrasé vers 5 heures près de Eppe-Sauvage.
Durée : 7 semaines
Passage des Pyrénées : le 5 juin 1943
Rapport d'évasion SPG n° 3313/1265.
Le Halifax décolle de Pocklington à 20h49 heure anglaise et vers 4 heures du matin, survolant l’ouest de la Belgique au retour de la mission, il est attaqué par le chasseur à une altitude d’environ 2800m. Un moteur gauche est touché, un obus traversant le fuselage et blessant le mitrailleur dorsal et tuant le mitrailleur arrière. L’aile gauche prend feu et le pilote Wallace ("Wally") Lashbrook descend à 1800m pour éviter une nouvelle attaque. Le feu se propageant, Lashbrook donne l’ordre d’évacuer l’appareil.
Le mitrailleur dorsal W/O Lawrence Irving Neill ("Laurie"), blessé, sera fait prisonnier et interné au Stalag Luft 4 (PoW n° 1192). Le mitrailleur arrière F/O Graham George Williams ("Willie"), 22 ans, tué, repose au cimetière de Maubeuge, Nord, France. Outre Alfred Martin (la présente fiche), 3 autres membres de l’équipage parviendront à s’évader : le pilote Wallace Lashbrook, le navigateur Kenneth Bolton et l’opérateur radio William Laws. Le mécanicien, F/S Douglas Charles Knight ("Nippy") parviendra à s’évader pendant 5 mois, avant d’être arrêté à Paris le 18 septembre 1943 et interné aux camps Stalag 4B et Stalag Luft 3, prisonnier n° 250739.
Alfred Martin avait déjà participé à une trentaine de missions, avec différents pilotes et équipages et c'était sa deuxième mission avec le nouvel équipage du pilote Lashbrook. Il atterrit vers 04h05 le samedi 17 avril dans un champ labouré et enfonce son parachute et sa Mae West dans une mare dans un coin du champ. Il s'éloigne immédiatement de la zone d'où il voit son appareil en feu et se dirige vers le Nord. Il marche à travers champs pendant environ une demi-heure, se guidant sur la lune et les étoiles. Arrivé à un bois, il se repose pendant quelques minutes. Il intervertit ses vêtements de telle sorte que son gilet de laine épaisse d'aviateur se trouva sous sa chemise et il découpe de sa tenue tous les insignes d'identification. Il se remet en route pendant une demi-heure environ jusqu'au moment où, arrivé à la lisière d'un bois [nous pensons qu'il s'agit du Bois de Bruyère, à Pierre-qui-Tourne] il décide de bifurquer au nord-ouest. Il trouve au sol un manteau de coton noir très vieux et très sale, qu'il met par-dessus sa tunique de combat.
Dans l'impossibilité de longer davantage le bois, il oblique vers le sud, traverse des champs et passe de l'autre côté d'une route. Il s'arrête vers 6h30 du matin et va s'abriter dans une sorte de sentier hors de service au milieu de buissons et de ronces. Il constate alors seulement qu'il avait deux vilaines coupures très sales sur les mains et sur l'oreille gauche, heureusement sans gravité. Il les nettoie dans une mare à bestiaux à proximité et en profite pour remplir la gourde de caoutchouc de son kit d'évasion, y ajoutant une tablette de horlicks afin de décontaminer l'eau. Vers midi, affamé, il doit se contenter de grignoter un carré de chocolat et d'un peu d'eau. Il aperçoit diverses personnes vaquant à leurs occupations, mais ne les approche pas et se met à somnoler sous un soleil brûlant. Vers 13 heures, il entend le bruit de quelque chose battant contre des buissons dans le bas du sentier. Il se trouve soudain face à une vache et réalise par après qu'elle avait échappé au jeune garçon qui la gardait. Le jeune homme, aussi intrigué que lui, porta la main à son béret et le salua. Très ému, Martin ne put prononcer une parole, se contentant de toucher de la main sa tête découverte en réponse à son salut. Ils échangent alors une bonne poignée de mains, sans qu'aucun des deux ne puisse sur le moment dire quoi que ce soit. Le moment de surprise passé, Martin sortit quelques mots de français…
Martin lui expliqua par gestes et quelques mots qu'il était un aviateur britannique descendu en parachute pendant la nuit. Bien qu'aucun des deux ne put comprendre la langue de l'autre, ils "conversèrent" par bribes de mots et surtout par gestes. L'aviateur comprit en gros que le garçon l'interrogea sur ses vêtements, ses co-équipiers, dans quelle direction se trouvait l'avion, quel était son âge, où étaient son barda et son parachute et où il habitait. Après environ une demi-heure, ayant répondu "yes" à propos de faim, le garçon, qui avait indiqué s'appeler Jean et être âgé de "12 ans", lui dit qu'il s'en irait mais reviendrait avec quelque chose à manger. [Dans le rapport de Jean LELEU à https://catalog.archives.gov/id/262466102 il est indiqué que né à Sivry le 21 février 1928, il est de nationalité française.]
[Le garçon s'appelait donc Jean LELEU et habitait au 39 rue du Moulard sur la commune de Sivry. Jean se souvint toujours que l'aviateur lui avait dit "Petit français pouvez-vous m'aider ?". Cette phrase est d'ailleurs le titre en français du récit qu'Alfred Martin écrivit après la guerre. Voir en bas de page.]
Jean revint bientôt avec quelques pommes de terre froides et une grande bouteille de bière. Il repassa le voir plusieurs fois au cours de l'après-midi et de la soirée, et une fois il amena son père, André et son frère Jacques, avec lesquels Martin put un peu s'exprimer. Une femme d'un certain âge, apparemment une amie de la famille lui apporta un peu de pain, du fromage et une paire d'œufs durs. Plus tard, Martin montra sa carte à Jean et à son père pour savoir où il se trouvait. On lui expliqua qu'il se trouvait près du village de Sivry à la frontière franco-belge. Martin leur manifesta son intention de reprendre la marche lorsqu'il ferait noir et ils lui firent comprendre que s'il allait jusqu'au village de Solre-le-Château à environ 6 km en droite ligne vers l'ouest, il pourrait y trouver de l'aide. Ils lui apportèrent un vieux manteau gris et un béret brun clair qu'il échangea contre ses bottes d'aviateur et sa tunique de combat ainsi qu'une paire de pièces anglaises en souvenir. Les LELEU refusèrent d'accepter de l'argent français et écrivirent leur adresse sur un morceau de papier. Vers 20h00, toujours le 17 avril, ils se quittèrent, lui laissant un autre paquet de denrées pour son voyage. Par prudence, Martin déchiqueta immédiatement le papier et l'enterra.
Martin se remit en route vers 22h30 en direction de l'ouest comme prévu. Traversant les champs et s'écartant des fermes, il arriva vers minuit à Solre-le-Château et contourna le village. Il hésita à frapper aux portes des fermes qu'il croisa et continua vers le sud. Après quelques heures de marche il rencontra deux femmes sur une route, mais elles lui firent comprendre qu'elles ne pouvaient l'aider. Il parvint à traverser une rivière [l'Helpe Majeure] et vers 6 heures du matin le dimanche 18, il arriva finalement à Liessies où un couple de fermiers lui donna à manger de la tarte d'un genre spécial, un peu de vin et du tabac. On le renseigna sur les possibilités de se déplacer en chemin de fer et il s'aventura vers 7h45 jusqu'à la gare de Liessies, en dehors du village, mais décida de ne pas prendre de risques. Il s'engagea sur une route et fut pris de panique lorsqu'il aperçut deux gendarmes à vélo parlant à une femme à quelque distance. Il poursuivit néanmoins sa route, mais ils lui demandèrent ses papiers. Il fit mine de les chercher, puis essaya de faire comprendre qu'il était muet… Les gendarmes lui firent signe de les accompagner au village et en cours de route, l'un des deux lui dit "Anglais ?". Martin ne put répondre que "Yes" et on lui dit "Allez vite…" en lui désignant la route menant à Sains-du-Nord. Il longea alors un bois [le Bois de L'Abbé], y pénétra un certain temps avant de déboucher sur la voie de chemin de fer. Vers 09h00, traversant un passage à niveau, il vit une femme sur le pas de sa porte et prit le risque de lui demander si elle pouvait l'aider. D'abord effrayée, elle le fit entrer et lui donna du lait, du pain et du beurre. Tandis qu'il mangeait, il vit une autre dame arriver (une Madame FRANCES ou FERNANDE ?), environ 25 ans, dont le mari était prisonnier en Allemagne.
Lorsqu'il répondit à cette dame qu'il irait dormir dans le bois, elle lui déclara qu'elle le conduirait à une autre maison à environ 2 km de là, où il pourrait y passer la nuit. Dans la soirée, elle le mena à la ferme des COOLEN, 40 rue du Bois L'Abbé, hameau de Pachi, commune de Sains-du-Nord. La famille, d'origine belge, comprenait le père, Eugène COOLEN (né en 1901 à Fouron-le-Comte, Belgique), son épouse Joséphine (née Meessen en 1895 à Fouron-Saint-Martin, Belgique) et leurs quatre enfants, Lucie, 15 ans, Jeanne 13 ans, Léon approchant de ses 12 ans, Louise 10 ans. Vivaient également là Maria, une sœur d'Eugène, ainsi que René, ouvrier à la ferme, un garçon qui n'avait que 16 ans quoiqu'il en parût au moins 21. On interrogea Martin sur le crash de son avion, ses co-équipiers, etc. et on lui dit qu'il pourrait passer la nuit et que l'on verrait le lendemain… Le 19 avril, on lui apprit qu'il devrait rester quelques jours pour que l'on puisse organiser son évasion… et il y demeura pendant 6 semaines…
Durant son séjour, Martin put rarement sortir ou même aller dans la cour, devant perpétuellement se cacher. Il passait son temps à aider à certains petits travaux à la ferme, à partager les repas, à écouter les émissions de la BBC, à tenter péniblement de lire quelques romans français... Lors des rares fois où il se trouvait dans la pièce du bas et que des visiteurs arrivaient, on leur expliquait qu'il était le frère d'Eugène, venu de Belgique et ne parlant pas le français mais le flamand, la langue d'origine d'Eugène… Eugène COOLEN se rendit deux fois à Lille, après quoi il demanda à Martin de remplir un questionnaire avec tous les détails concernant son avion, sa mission, les membres de son équipage. Le 27 avril, Emilienne LAGERSIE, une institutrice de Lille (du 16 rue de Thionville, Lille) vint le voir. Elle parlait un très bon anglais et joua le rôle d'interprète entre Eugène et lui. Rien de défini ne pût être arrangé, mais elle allait tenir Eugène au courant de la suite. Le 10 mai, Eugène mena Martin en cabriolet hippomobile à un village voisin où vers 20h00 ils se firent couper les cheveux par le coiffeur "Monsieur Combert" (?), auprès duquel Eugène fit passer Martin pour son frère.
Au cours de la cinquième semaine (donc, du 17 au 23 mai…), Eugène COOLEN reçut des nouvelles plus concrètes, mais Martin ne put en saisir exactement la signification. Un soir, une Mademoiselle Andrée, arriva du village et teignit en châtain ses cheveux, cils et sourcils, roux à l'origine. Tous ses vêtements furent préparés pour son départ, on lui remit un manteau noir et un béret et on teinta son pantalon d'aviateur en noir. On lui avait également confectionné une fausse carte d'identité sur laquelle on avait utilisé une des photos de son kit d'évasion.
Le 26 mai (la veille d'une fouille de la ferme des COOLEN par la police) arrivèrent un Mr "Dumont" (ou Duclos?) et Mme Rosine WITTON, née THÉRIER, dont le mari Sidney Witton, un Britannique, vétéran de la RAF durant la guerre 1914-1918, affecté à la Commission Impériale des Tombes de Guerre, est prisonnier en Allemagne. Rosine habitait 6 route de Bapaume à Achicourt, faubourg au sud-est d'Arras et avait une adresse à Paris 16ème, 25 rue de Longchamp. Martin fit ses adieux et monta à bord du cabriolet mené par Eugène COOLEN, qui le déposa à la gare de Sains-du-Nord ainsi que Rosine et Mr Dumont/Duclos. Comme le train de 18h00 avait été retardé à la suite d'une action de sabotage de la Résistance, au lieu d'aller à Arras via Valenciennes, il fut décidé d'aller directement à Lille où ils arrivèrent vers 22h30. Vu l'heure tardive, il leur fallut trouver un hôtel pour attendre 04h00 du matin et prendre un train pour Arras.
Le 27 mai, les trois montèrent à bord du train à 05h00. Arrivés à Arras, Rosine prit congé et Martin fut guidé par Mr Dumont/Duclos jusqu'à Archicourt et la maison de Rosine au 6 route de Bapaume. Le fronton portait une enseigne "Secours National", une organisation d'aide aux pauvres à laquelle Rosine louait une partie du bâtiment, ce qui lui offrait une excellente couverture. Ils y retrouvèrent Rosine, dans la maison de laquelle Martin logea 3 jours dans une chambre aménagée au rez-de-chaussée.
Plus tard dans la journée du 27, Martin fut rejoint chez Rosine par Doug Hoehn, vraisemblablement guidé là par Eugène D'HALLENDRE de Lille, qui travaillait en liaison avec Rosine.

Après deux jours, le 30 mai, vers 03h30, les deux aviateurs furent menés par Rosine à Paris en train en 3e classe. Ils y arrivèrent vers 13h30 où une femme les attendait à la gare. Les deux femmes marchant ensemble devant eux, ils vont manger dans un restaurant où un homme les attendait. Il doit s'agir du café Curveur près de la Gare du Nord, lieu habituel de rendez-vous pour Rosaline WITTON-THERIER. A la fin du repas, une autre femme arriva et ils quittèrent l'homme à l'entrée du restaurant, puis allèrent à la station de métro avec les trois femmes. Mme WITTON repartit alors en train à Arras et celle qui les attendait partit dans une autre direction. La troisième femme les emmena dans un appartement au 6e étage (7th floor) d'où l'on pouvait voir la Tour Eiffel.
[Rosine WITTON fut arrêtée le 18 janvier 1944 et déportée de Paris le 18 avril vers le camp de concentration de Ravensbrück. Elle fut libérée le 5 mai 1945 au camp de travail de Holleischen (kommando du camp de Flossenburg). Son mari, Sidney Witton, fut détenu dans les camps Ilag VIII Tost (Toszek) en Pologne jusqu'en novembre 1943 puis à l'Ilag de Giromagny, Territoire de Belfort, France. Rapatrié en Angleterre en mars 1945 et immédiatement hospitalisé, il mourut le 18 août de la même année.]
Martin et Hoehn furent hébergés deux nuits chez Mr "HANNOW", expert en sabotages de trains et une Mme "FEURE", non loin de la Tour Eiffel. On leur fait par deux fois des photos d'identité dans un magasin. Un homme d'environ 23 ans qui fuyait la Gestapo logeait également là et retournera en Angleterre par avion Lysander. Il s'agit du lieutenant de vaisseau Jean Ayral, un chef du BOA [Bureau des Opérations Aériennes] dans le BCRA gaulliste de Londres.
Dans une interview après la guerre, Douglas Hoehn a mentionné avoir été aidé à Paris par Madame Valérie LEFEBVRE, membre de la Résistance et logeuse du réseau Comète. Il déclare que, muni de vêtements civils et de faux papiers, il a accompagné celle-ci lors de promenades dans la capitale française. Elle sera arrêtée le 19 juin suivant et relâchée le 8 ou 10 décembre 43. Hoehn est effectivement logé à Paris du 30 mai au 2 juin 43 par Noémi HANY-LEFEBVRE (dite "Valérie") au 28 Rue Scheffer à Paris XVIe, qui le déclare amené par Raymonde COACHE, née GOUOT et repris par Frédéric DE JONGH avec un Irlandais, qui est donc Alfred Martin.
Hoehn déclare dans son E&E avoir rencontré un homme âgé aux cheveux gris portant des lunettes (Frédéric DE JONGH, chef de Comète à Paris) le 2 juin, qui leur présente Wallace Lashbrook, le pilote de Martin. Cet homme est celui qui était au restaurant à leur arrivée à Paris. DE JONGH est en compagnie d'une jeune femme et d'un jeune homme. La femme (Magdeleine BOUTELOUPT, du 31 Boulevard Port Royal, Paris Vème) prend Lashbrook et Le jeune homme s'occupe de Martin et fait poinçonner tous les tickets, puis les met dans la poche de Martin. Hoehn et Martin sont conduits à leur sièges en seconde classe et Lashbrook est conduit en 1ère par la femme. Un peu plus tard, cette femme revient près de Hoehn avec Lashbrook et semble nerveuse. Elle se rend alors compte que c'est Martin qui a tous les tickets. Elle va dans le couloir et l'appelle pour finalement trouver tous les tickets dans une de ses poches. Elle y appelle Hoehn et lui remet son ticket, tous ces mouvements attirant l'attention générale. Lors d'un contrôle, quelque chose n'était pas correct avec le ticket de Hoehn (le n° du siège), et le contrôleur lui explique en français, la femme faisant alors semblant de dormir.
Ce jour, mercredi 2 juin, c'est par Magdeleine BOUTELOUPT que Martin et Hoehn et Martin sont guidés jusqu'à la "Gare du Sud" (celle d'Austerlitz). Dans un autre compartiment de leur train se trouvent également "Franco" (Jean-François NOTHOMB), Rosaline WITTON (Hoehn ne la mentionne pourtant pas dans son rapport) et Madeleine BOUTELOUPT. Les trois hommes évitent de se parler pendant le long voyage vers Bordeaux. Dans son E&E, il cite sans précision le nom de Elmer McTaggart et Joseph Wemheuer. Il les a effectivement rencontrés à Paris.
Arrivés à destination vers 10 heures, après un repas pris à proximité de la gare de Bordeaux, Jean-François NOTHOMB et les trois hommes reprennent le train, cette fois à destination de Dax. A la sortie de la gare, les papiers de NOTHOMB sont contrôlés par un Allemand en civil. Là, ils prennent trois vélos dans le train. NOTHOMB en donne un à Martin, Hoehn et Lashbrook et ils attendent qu'il revienne avec un autre. Ils poursuivent leur route, voyageant par paires, et pédalent 50 Km pour rejoindre Bayonne. Ils y laissent les vélos dans un garage.
Arrivés à Bayonne vers 22 heures, on les mène au bord du fleuve à un café et on leur présente "le roi du marché noir" : un homme assez gras qui leur prépare un plantureux repas à 23 heures dans son restaurant, qu'il vient de fermer. C'est Pierre ARRIEUMERLOU au 12 Quai Augustin Chabo à Bayonne, en face des Halles. Ils montent ensuite dans leurs chambres à l'étage.
Le lendemain soir, le vendredi 4 juin, l'équipée se remet en route à vélo, par groupes de deux et à une distance de 200 m les uns des autres, et passe par Biarritz avant d'atteindre Saint-Jean-de-Luz. Ils sont rejoints par une femme, Elvire DE GREEF. Ils arrêtent sur les quais et regardent les bateaux pendant que NOTHOMB va remettre les vélos. Il reçoit des vêtements, mais Lashbrook et Martin gardent les leurs. Ils suivent le chemin de fer en direction du Sud (donc évitent la route et le pont vers Ciboure, qui est gardé).
C'est le 46e passage de Comète par la route classique. Le groupe arrive ainsi la nuit à la ferme Jaxtu baïta de Joseph LARRETCHE à Urrugne, du côté français. Vers 22h30, un guide les fait se chausser d'espadrilles et leur donne des pantalons de rechange à enfiler plus tard, après le passage de la rivière Bidassoa. Un autre guide les prend en charge et commence alors, dans la nuit profonde, le vrai passage des Pyrénées.
Ils partent vers 1 heure et demie et passent la Bidassoa vers 03h30. Douglas Hoehn et Alfred Martin se reposent dans une ferme (Sarobe, ou Xagu en Basque) vers 6 heures et demie le samedi 5 juin, tandis que Jean-François NOTHOMB et Wallace Lashbrook se rendent en tram à San Sebastian via Irun. Un guide conduit Martin et Hoehn en périphérie de San Sebastian vers 21 heures, où ils retrouvent NOTHOMB et Lashbrook. Ils vont tous dans un appartement au "3rd floor" et on leur sert un merveilleux repas. Il doit s'agir de l'appartement de Federico ARMENDARIZ UGALDE, qui habite au 2e étage du 3 Calle de la Marina, près de la Concha, la plage réputée de San Sebastian.
Ils restent chez ARMENDARIZ jusqu'au mercredi 9 juin. Un consul britannique vient les visiter. Le soir, Hoehn et Lashbrook montent dans une voiture diplomatique et ils arrivent à l'ambassade britannique de Madrid le 10 juin au matin, vers 7 heures.
Une semaine plus tard, le jeudi 17 juin à 8 heures et demie, ils prennent un train pour Gibraltar où ils sont interrogés par Donald Darling et le major Grady Lewis. Le 21 juin à minuit et quart (au matin du 22), un avion C46 Dakota ramène Hoehn à Portreath en Angleterre, en même temps que Martin, Lashbrook, Ferguson, Stan Moore et D.G. Ross.
Ces aviateurs seront les derniers avant une vague d'arrestations dans les rangs de Comète, et beaucoup d'autres réseaux, en juin 1943 à Paris et Bruxelles.
A son retour de Gibraltar, Alfred Martin devient instructeur et part au Canada le 8 janvier 1944, dans une école de navigateurs du British Commonwealth Air Training Plan. Il rentre au Royaume-Uni en 1945 et quitte la RAF comme flight lieutenant.
Alfred Martin et son pilote Wallace Lashbrook furent décorés de la DFC (Distinguished Flying Cross), Lashbrook étant déjà détenteur de la DFM (Distinguished Flying Medal).

Alfred Martin fut Président de la RAFES (Royal Air Forces Escaping Society - Canadian Branch) de 1965 à 1967.
La présente page a été complétée sur base du rapport d'évasion, très succinct, de Martin ainsi que de diverses archives. Nous avons pu également reprendre des éléments qui ressortent du récit écrit par Alfred Martin après le conflit et dont il avait envoyé une copie à Jean LELEU de Sivry. Mariane Leleu, sœur de Jean, avait procuré ce texte - "Petit français pouvez-vous m'aider ?" - à la Section de Couvin de la Fédération des Combattants de Belgique, dont Mr. Lucien Gérard, responsable de protocole, nous a gentiment transmis une traduction en juin 2026. Nous remercions ici ce dernier et ses collaborateurs.
Alfred Martin, auquel la famille LELEU avait écrit après la Libération, avait tenu à ce que l'attitude et l'action de Jean LELEU soit reconnue : (Source : https://catalog.archives.gov/id/262466102?objectPage=6)

Dans une interview de novembre 2010 à la BBC, Martin, 90 ans, est toujours aussi ému au souvenir de cette rencontre avec Jean LELEU – voir à https://www.bbc.co.uk/programmes/p00c33t2 et à https://www.bbc.co.uk/programmes/p00c3rm1