Personne cachée jusqu'à la libération

Dernière mise à jour le 8 février 2020.

William Albert ARMSTRONG / 37333339
221 West Rosine Street, Saint Joseph, Missouri, USA
Né le 22 juillet 1911 à Mount Ayr, Ringgold County, Iowa / † en juin 1979 à Saint Joseph, Missouri, USA
Sgt, USAAF 401 Bomb Group 615 Bomb Squadron, mitrailleur arrière
Lieu d'atterrissage : près de Lesparre-Médoc, Gironde, France, vers 10h10.
Boeing B-17G-VE Flying Fortress - 42-40002 - IY-D / "Breezing Home",touché par la Flak, puis problèmes mécaniques, le 19 juin 1944 lors de la mission sur Bordeaux/Mérignac.
Ecrasé à Puyau, dans la commune de Saint-Gaux, à 6 km au sud-est de Lesparre-Médoc, Gironde, France.
Durée : 10 semaines
Libéré à Angoulême le 1er septembre 44

Informations complémentaires :

Le rapport de perte d'équipage relatif à cet appareil : MACR 6001. Rapport d'évasion de William Armstrong : E&E 1429 disponible en ligne.

C'est la dernière mission de combat qui était prévue pour le Lt Trimble, vétéran de nombreux raids sur l'Allemagne et de deux missions le jour du Débarquement en Normandie le 06 juin 1944. L'appareil décolle de Deenethorpe vers 05h00 et à environ 170 km au Nord de l'objectif, il est touché par des tirs de la Flak. Les moteurs 3 et 4 sont mis hors d'usage et les ailes sont criblées de trous d'obus. Le pilote envisage d'atteindre l'Espagne pour s'y poser, mais l'avion est trop endommagé, les contrôles ne répondent pratiquement plus et il donne l'ordre d'évacuer.

Tous les membres de l'équipage parviendront à s'évader : le pilote, 1st Lt William Trimble, le copilote 1st Lt Fred Shantz, le navigateur 1st Lt Beryl Lemke, le bombardier 1st Lt Enver Cury, l'opérateur radio S/Sgt Jack Mackey, le mécanicien/mitrailleur dorsal S/Sgt Edward Tracey, le mitrailleur ventral Sgt John Schaffer, le mitrailleur gauche Sgt Joseph Acker, le mitrailleur droit Sgt Paul Courtad et le mitrailleur arrière Sgt William A. Armstrong.

William Armstrong est touché par des éclats d'obus à deux endroits du côté gauche de la poitrine. Sonné par le choc, il est inconscient lorsque le navigateur Lemke le propulse hors de l'avion d'une hauteur de 2.700 m. Le rapport d'évasion, assez touffu, établi au départ des déclarations du Lt Trimble, son commandant de bord, est le plus complet, Armstrong comme les autres s'y référant ou ne donnant que peu de détails. Nous résumons ci-après le rapport E&E 1421 du Lt Trimble qui concerne ceux des évadés qui resteront ensemble pendant une bonne partie ou la totalité de leur période d'évasion (Le Lt Fred Shantz, lui, suivra dès le début un tout autre parcours que les neuf autres).

Peu après leur atterrissage, Tracey, Acker, Cury, Schaffer, Lemke et Armstrong se retrouvent, ce dernier étant soigné pour ses blessures. Le 23 juin, Trimble retrouve Courtad et tous deux sont hébergés par une famille à Hourtin (le couple, leur deux filles, les parents de la femme) qui loge également quatre réfractaires. Le 8 juillet, Trimble et Courtad rejoignent les six autres et tous sont ensuite menés à une maison privée puis à un autre endroit. Le 15, ils se retrouvent dans un camp de maquisards à "Garnautier" (Arnautille ?) où se trouve déjà Mackey.

Le camp est dirigé par GÉAN, sous l'autorité d'un M. CAMINETTI, chef militaire pour la région de "Medac" (= Médrac) et habitant apparemment 218 Allée de Boutaut à Bordeaux. CAMINETTI aurait été capitaine dans le corps des fusiliers-marins français et il visite souvent le camp. La méfiance s'installe à son sujet, car au lendemain de chacune de ses visites, des soldats Allemands patrouillent dans le coin. De plus en plus méfiants, les Américains souhaitent quitter le camp mais ils en sont empêchés et le 25 juillet à l'aube, lorsque le camp est attaqué par des soldats Allemands, les aviateurs le quittent par paires vers 04h25. (Plus loin, le rapport mentionne que Camille BEAUVEAU, sergent-major et ancien policier, a été tué lors de l'assaut des Allemands). Enver Cury parviendra également à s'échapper mais ne reverra plus ses co-équipiers avant de rentrer en Angleterre quelques jours après eux.

Mackey et Trimble partent ensemble et dorment dans les bois avant de se rendre à une maison à "Castelname, St Helene" (= Castelnau-de-Médoc, près de Sainte-Hélène) où ils sont bientôt rejoints par Armstrong et Lemke. Entretemps, Schaffer, Tracey, Courtad et Acker se retrouvent ensemble près de "St Xavier" (?), rencontrent un pêcheur et sont finalement conduits en camion à un endroit proche de la Forêt de Saint-Laurent et Benon, près de Saint-Laurent-Médoc.

Le 29 juillet, Schaffer, Tracey, Courtad et Acker sont menés à Bordeaux en camion et ils logent là chez une Mme SAUTIER (La liste des Helpers français reprend un Mr Maurice et Mlle Vanna SAUTIER, 6 Allées de Tourny à Bordeaux, sans autres détails). Le 9 août, ces quatre hommes sont conduits dans un autre camion sur la route de Passac, au Sud de Bordeaux. Là, ils sont appréhendés par des hommes en uniforme portant des insignes de tête de mort et menés vers une grande maison à Bordeaux, restant menottés pendant quatre heures dans le camion. Tous sont interrogés par soit un officier de la Division Das Reich, soit par un membre du SD, en présence d'un individu en costume civil gris et d'un sous-officier servant d'interprète. On leur prend leurs plaquettes d'identification.

Le rapport mentionne la présence dans le même bâtiment du Lt Winston, un parachutiste allié et d'un Squadron Leader canadien "Camerson" (ce dernier est en fait le S/Ldr Lorne Maxwell Cameron - RCAF J.15378 - Commandant du 401 Squadron, abattu le 3 juillet 1944 dans son Spitfire MJ131 - il rentrera en Angleterre le 3 septembre 1944).

Mackey et Trimble, quant à eux, menés à Bordeaux par CAMINETTI, logent chez lui un jour, vraisemblablement au 218 Allée de Boutaut. Un PLAS (Remy PLAS, du 15 Rue Dupaty à Bordeaux) les mène ailleurs avant qu'ils logent chez Louis LEGADEC du 30 juillet au 4 août. Le 4 août on leur dit que leurs compagnons avaient quitté la France, ce qu'ils savent être faux et après avoir reçu un plan de PLAS pour un nouveau rendez-vous, ils sont guidés vers le bas de la ville, où on les fait monter dans une auto. Trimble et Mackey commencent à se douter de quelque chose d'anormal. Ils sont arrêtés peu après sur la même route vers Passac comme leurs co-équipiers l'avaient été. Ceux qui les arrêtent sont des Allemands, certains avec l'insigne de la SD, ainsi que des hommes en civil. Ils sont alors emmenés à un quartier-général, interrogés séparément et obligés de remettre leurs plaquettes d'identification. Selon les deux hommes, ils auraient été dirigés vers la voiture par un "M/Sgt Robert LAMBERT", qui s'était dit parachutiste français.

Pendant ce temps, CAMINETTI avait conduit Armstrong et Lemke à Bordeaux où il les avait présentés au principal chef politique de la ville. CAMINETTI loge les deux hommes jusqu'au 4 août et leur déclare que Trimble et Mackey sont rentrés en Angleterre par avion, ajoutant qu'eux-mêmes partiraient en compagnie d'un pilote canadien (Cameron) et d'un anglais.

Selon le rapport, Armstrong et Lemke avaient rencontré un "GEORGES" et un "PIERRE", ce dernier un policier qui avait dit avoir combattu en Indochine et aux Indes, et ces deux hommes non plus ne leur avaient pas inspiré confiance. Ils avaient également été en contact avec Albert COOLEN, de Tours, qui leur avait dit avoir combattu à Dunkerque avec les troupes françaises et qui, lui, leur paraît régulier. Le rapport mentionne également leur contact avec un ancien membre de la Police de Bordeaux et habitant Pauillac.

Le 19 août, tous les prisonniers sont pris en charge par la Luftwaffe et transférés à Mérignac où ils seront bien traités. Le 22, ils sont menés à Angoulême, d'où un train les emmène vers l'Allemagne. En cours de route, le convoi est mitraillé par des chasseurs alliés et par des maquisards, atteignant finalement Châteauneuf. Là, tous les aviateurs feignent d'être malades (seul Lemke l'est vraiment) et on les ramène à un hopital à Angoulême. Ils parviennent à y rester suffisamment longtemps et ils retrouvent la liberté lorsque les maquisards libèrent la ville le 1er septembre. Le rapport mentionne qu'à Angoulême, Jacques FOUGERE, du 77 Rue de Beaulieu, les a aidés.

Armstrong, Mackey, Trimble, Acker, Courtad, Lemke, Schaffer et Tracey partent le 3 septembre par avion de Limoges et arrivent le même jour en Angleterre. Le nom d'Armstrong est repris dans le carnet "Aviateurs aidés" d'Elvire DE GREEF à Anglet.Rappelons que Cury et Shantz, eux, ont suivi un autre parcours, détaillé sur leurs propres pages.


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters