Personne cachée jusqu'à la libération

Dernière mise à jour le 13 mai 2022.

Enver Charles CURY ("Ed") / O-670027
Lors de son enrôlement le 16 février 1942 : 128 Tilghman Street, Allentown, Lehigh County, Pennsylvania / Dans son E&E rédigé en 1945 : 49 South Madison Street, Allentown, Pennsylvanie, USA
Né le 23 mars 1921 à Allentown, Pennsylvanie / † le 11 octobre 1996 à Boca Raton, Floride, USA
1st Lt, USAAF 401 Bomb Group 615 Bomb Squadron, bombardier
Lieu d'atterrissage : près de Lesparre-Médoc, Gironde, France.
Boeing B-17G-VE Flying Fortress - 42-40002 - IY-D / "Breezing Home",touché par la Flak, puis problèmes mécaniques, le 19 juin 1944 lors de la mission sur Bordeaux/Mérignac.
Ecrasé à Puyau, dans la commune de Saint-Gaux, à 6 km au sud-est de Lesparre-Médoc, Gironde, France.
Durée : 10 semaines
Libéré à Périgueux le 1er septembre 44

Informations complémentaires :

Le rapport de perte d'équipage relatif à cet appareil : MACR 6001. Rapport d'évasion d'Enver Cury : E&E 1845.

C'est la dernière mission de combat qui était prévue pour le Lt Trimble, vétéran de nombreux raids sur l'Allemagne et de deux missions le jour du Débarquement en Normandie le 06 juin 1944. L'appareil décolle de Deenethorpe vers 05h00 et à environ 170 km au Nord de l'objectif, il est touché par des tirs de la Flak. Les moteurs 3 et 4 sont mis hors d'usage et les ailes sont criblées de trous d'obus. Le pilote envisage d'atteindre l'Espagne pour s'y poser, mais l'avion est trop endommagé, les contrôles ne répondent pratiquement plus et il donne l'ordre d'évacuer.

Tous les membres de l'équipage parviendront à s'évader : le pilote, 1st Lt William Trimble, le copilote 1st Lt Fred Shantz, le navigateur 1st Lt Beryl Lemke, le bombardier 1st Lt Enver C. Cury, l'opérateur radio S/Sgt Jack Mackey, le mécanicien/mitrailleur dorsal S/Sgt Edward Tracey, le mitrailleur ventral Sgt John Schaffer, le mitrailleur gauche Sgt Joseph Acker, le mitrailleur droit Sgt Paul Courtad et le mitrailleur arrière Sgt William Armstrong.

Enver Cury saute vers 4.500 m et lors de son éjection est projeté contre les flancs de l'appareil. Il a des coupures au visage et aux mains et signale une hémorragie interne. Il se cache un temps dans un bois, affamé et très fatigué. Son rapport indique que son parcours durant les six premières semaines est le même que celui rapporté par le Lt Trimble et il ne reprend des détails qu'à partir du 25 juillet (voir ci-dessous).

Le rapport d'évasion assez touffu établi au départ des déclarations du Lt Trimble, commandant de bord, est le plus complet, les autres s'y référant ou ne donnant que peu de détails. Nous résumons ci-après le rapport E&E 1421 du Lt Trimble qui concerne ceux des évadés qui resteront ensemble pendant une bonne partie ou la totalité de leur période d'évasion (Le Lt Fred Shantz, lui, suivra dès le début un tout autre parcours que les neuf autres):

Peu après leur atterrissage, Cury, Tracey, Acker, Schaffer, Lemke et Armstrong se retrouvent, ce dernier étant soigné pour ses blessures. Le 23 juin, Trimble retrouve Courtad et tous deux sont hébergés par une famille à Hourtin (le couple, leurs deux filles, les parents de la femme) qui loge également quatre réfractaires. Le 8 juillet, Trimble et Courtad rejoignent les six autres et tous sont ensuite menés à une maison privée puis à un autre endroit. Le 15, ils se retrouvent dans un camp de maquisards à "Garnautier" (Arnautille ?) où se trouve déjà Mackey.

Le camp est dirigé par GÉAN, sous l'autorité d'un M. CAMINETTI, chef militaire pour la région de "Medac" (= Médrac) et habitant apparemment 218 Allée de Boutaut à Bordeaux. CAMINETTI aurait été capitaine dans le corps des fusiliers-marins français et il visite souvent le camp. [La liste des Helpers français ne reprend qu’un René COMINETTI à Bordeaux…]. La méfiance s'installe à son sujet, car au lendemain de chacune de ses visites, des soldats Allemands patrouillent dans le coin. De plus en plus méfiants, les Américains souhaitent quitter le camp mais ils en sont empêchés et le 25 juillet à l'aube, lorsque le camp est attaqué par des soldats Allemands, les aviateurs le quittent par paires vers 04h25. (Plus loin, le rapport mentionne que Camille BEAUVEAU, sergent-major et ancien policier, a été tué lors de l'assaut des Allemands). Enver Cury parviendra également à s'échapper mais ne reverra plus ses co-équipiers avant de rentrer en Angleterre quelques jours après eux.

Enver Cury parvient à rejoindre Bordeaux où un helper nommé "ANDRÉ" le mène à Bègles dans la maison du Lieutenant GOURGES au 41 Rue Charles de Paris. Le Lt GOURGES est membre du FFI, son nom de code radio est "LE VERROU". Cury reste chez lui pendant deux semaines avant de partir avec lui en direction d'Angoulême. GOURGES le quitte après l'avoir guidé vers une ferme à "Aubay" ( ? – ce serait vraisemblablement Aubie-et-Espessas, à une trentaine de km au NO de Bègles), dont il connaît les propriétaires. Cury loge là pendant quatre jours avant de partir pour Saint-Ciers-sur-Gironde où lors d'un contrôle, il se fait arrêter par des Allemands.

Par la suite, des maquisards attaquent le groupe de six soldats qui le gardent, en tuent trois et en font un prisonnier (qu'ils abattront par la suite). Les partisans emmènent alors Cury d'abord à Villefranche-de-Lonchat, ensuite à Bergerac, enfin à Périgueux, tous endroits libérés entretemps par les maquisards du FFI. Cury rapporte qu'à Périgueux, 41 habitants de la ville avaient été sauvagement abattus par les Allemands et qu'il a assisté à leurs funérailles. Cury mentionne également qu'à Périgueux, il avait rencontré un "Capt. MARK", travaillant pour les Services secrets britanniques et dont il n'avait pas apprécié les allures hautaines.

Au début septembre 1944, Enver Cury entre en contact avec des troupes alliées et quitte Limoges en avion le 9 septembre pour rentrer en Angleterre où il est debriefé le même jour à Londres. Le nom de Cury Eddie est repris dans le carnet "Aviateurs aidés" d'Elvire DE GREEF à Anglet.

Enver Cury a écrit un livre relatant ses aventures : "Time out for War" publié en 1988 par Rainbow Press, Floride. Les noms de certains co-équipiers semblent y être mal orthographiés et certains critiques ont des doutes quant à la véracité de tous les exploits rapportés par le flamboyant Cury, dont le rapport d'évasion est nettement plus modeste.


Une critique (pas si critique, pourtant) du livre de Cury, parue en 1988 dans un numéro de l’"8th AF News"
publié par la 8th Air Force Historical Association.


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters