Personne passée à une autre ligne d'évasion

Dernière mise à jour le 13 mai 2022.

Frederick Leroy SHANTZ ("Fred") / O-745197
2004 Armstrong Avenue, Colorado Springs, Colorado, USA
Né le 31 mai 1915 à Colorado Springs, Colorado / † le 3 mars 1985 à Tucson, Arizona, USA
1st Lt, USAAF 401 Bomb Group 615 Bomb Squadron, copilote
Lieu d'atterrissage : à 6 km au Sud de Lesparre, Gironde, France, vers 10h10.
Boeing B-17G-VE Flying Fortress - 42-40002 - IY-D / "Breezing Home",touché par la Flak, puis problèmes mécaniques, le 19 juin 1944 lors de la mission sur Bordeaux/Mérignac.
Écrasé à Puyau, dans la commune de Saint-Gaux, à 6 km au sud-est de Lesparre-Médoc, Gironde, France.
Durée : 2 semaines
Passage des Pyrénées : le 28 juin 44

Informations complémentaires :

Le rapport de perte d'équipage relatif à cet appareil : MACR 6001. Rapport d'évasion de Frederick Shantz : E&E 1034.

C'est la dernière mission de combat qui était prévue pour le Lt Trimble, vétéran de nombreux raids sur l'Allemagne et de deux missions le jour du Débarquement en Normandie le 6 juin 1944. L'appareil décolle de Deenethorpe vers 05h00 et à environ 170 km au Nord de l'objectif, il est touché par des tirs de la Flak. Les moteurs 3 et 4 sont mis hors d'usage et les ailes sont criblées de trous d'obus. Le pilote envisage d'atteindre l'Espagne pour s'y poser, mais l'avion est trop endommagé, les contrôles ne répondent pratiquement plus et il donne l'ordre d'évacuer.

Tous les membres de l'équipage parviendront à s'évader : le pilote, 1st Lt William Trimble, le copilote 1st Lt Fred Shantz, le navigateur 1st Lt Beryl Lemke, le bombardier 1st Lt Enver Cury, l'opérateur radio S/Sgt Jack Mackey, le mécanicien/mitrailleur dorsal S/Sgt Edward Tracey, le mitrailleur ventral Sgt John Schaffer, le mitrailleur gauche Sgt Joseph Acker, le mitrailleur droit Sgt Paul Courtad et le mitrailleur arrière Sgt William Armstrong.

Fred Shantz sauve en avant-dernier à 2.200 m et ne déclenche l'ouverture de son parachute qu'à environ 1.000 m. Il atterrit dans un pin et porte des égratignures au visage et aux mains. Il court quelques centaines de mètres et s'arrête pour examiner la carte de son kit d'évasion. Il marche alors vers le Sud, s'aidant de sa boussole. Il aperçoit au loin l'épave de son avion (qui brûlera pendant 12 heures) et décide de s'orienter plutôt vers l'Est. Dans l'après-midi, il voit 6 soldats Allemands à vélo, manifestement à la recherche des aviateurs. Il s'adresse à une femme dans un champ et elle revient avec son mari et quelque nourriture. L'homme lui dit d'attendre qu'il revienne et part chercher quelqu'un connaissant l'anglais.

Cet anglophone, environ 40 ans, habite dans une grande propriété au Nord de Lesparre avec sa femme et leur sept enfants. Il est co-propriétaire d'un magasin de spiritueux à côté du Piccadilly Hotel à Londres, géré par son associé. L'homme emmène Shantz chez lui pour le cacher dans une chapelle privée de son domaine.

Le 21 juin, un officier de l'Armée Française vient chercher Shantz pour le guider à 10 km plus au Nord où un homme, sa fille et son fils le cachent dans un monastère abandonné. La nuit du 22, il retourne auprès de son riche hébergeur qui lui remet une somme de 25.000 francs ainsi qu'un vélo, lui signalant que tout le reste de son équipage est sain et sauf et caché à divers endroits dans la région.

Le 23 juin vers 06h00 un frère du généreux donateur emmène Shantz à vélo vers Bordeaux et le remet à PHILIP, un anglais naturalisé français (35 ans, grand, légèrement grisonnant, célibataire, négociant en vins). PHILIP le mène d'abord à un restaurant où il rencontre le patron, chef d'un groupe de Résistance, puis à un café. Shantz monte alors dans une voiture fortement armée et se retrouve en compagnie d'un officier français qui lui dit avoir été navigateur dans l'aviation durant le 1ère Guerre et qu'il était à présent un agent du contre-espionnage. Le chauffeur et l'officier conduisent alors Shantz jusqu'à Labrit, dans les Landes, où tous trois passent la nuit dans un hôtel. Vu la taille de la localité, il ne peut s’agir que de l’Hôtel du Centre, 51 Chemin des Plantons (établissement qui existe encore). Nous n’avons pu retrouver aucun nom de Helper lié à ce village.

Le gérant de l'hôtel, également résistant, a une fille de 27 ans prénommée Marcelle. Le lendemain, Shantz est mené vers une maison au bord d'une route à l'approche de Brocas, environ 7 km plus au Sud, et y passe une semaine chez le couple qui y habite.

Le 26 juin, l'officier revient avec le chauffeur pour le conduire à Bayonne. Là l'officier et Shantz remettent leur argent au chauffeur, qui leur donne 1.500 francs pour le paiement du guide de montagne. Shantz et l'officier sont alors confiés à un homme qui avait été pilote durant la dernière guerre et ils sont conduits en ambulance jusqu'au pied des montagnes. A ce rendez-vous, ils rencontrent deux prisonniers évadés, l'un de la Martinique, l'autre de Madagascar.

Le 27 juin à 21h00 les quatre hommes et un guide commencent la traversée des montagnes. L'officier, le cœur fragile, doit être porté la plupart du temps et il doit être abandonné à environ 5 km du point de passage de la frontière. Les autres passent en Espagne au matin du 28 juin et marchent jusqu'à Echalaz, tout près de Pampelune. Alors que Shantz tente d'atteindre le Consulat américain par téléphone, ils sont arrêtés par la police espagnole. Menés vers une ville à 15 km de là, ils sont remis aux autorités militaires.

Le 28 juin, Shantz est transféré à Pampelune où il restera jusqu'au 5 juillet. Pendant son séjour, il rencontre un journaliste américain de l'United Press (UP), Henry McNelty, qui appelle le Consul pour lui. Par après, le vice-consul appelle personnellement Shantz et finalement l'aviateur sera mené à Tudela par des membres de la Force Aérienne espagnole. On l'y garde pendant 27 jours pendant lesquels ses geôliers tentent de l'amadouer pour obtenir des renseignements à propos de son unité, de ses missions et de son évasion.

Le 31 juillet, Fred Shantz est conduit à Saragosse et le lendemain vers Alhama de Aragon. Le 12 août, le Colonel Spillman vient le chercher pour l'amener à Madrid, d'où il part vers Gibraltar, y arrivant le 14. Il quitte Gibraltar en avion le 16 et arrive en Angleterre le 17 août 1944.

Nous ne comprenons pas comment Shantz figure dans le carnet Comète de Elvire DE GREEF comme étant passé à Anglet.

Décédé en 1985, Leroy Shantz repose au Holy Hope Cemetery and Mausoleum à Tucson, Pima County, Arizona.


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters