Personne capturée durant son évasion

Dernière mise à jour le 15 octobre 2021.

Kenneth Walter CHAPMAN / 138136 & 992181
12 Rowland Road, Cholsey, Berkshire, Angleterre
Né 8 septembre 1918 à Reading, Angleterre / † le 29 juin 2008 dans le Sussex, Royaume-Uni
Fl/Off, RAF Bomber Command 15 Squadron, navigateur
Atterri aux environs de Trappes, Yvelines, France.
Avion Type : A. V. Roe Lancaster Mk III N° série : LM575 Immatriculation : LS-H, abattu par un chasseur dans la nuit du 7 au 8 juin 1944 lors d'une mission sur la gare de Massy (Palaiseau), au sud de Paris.
Écrasé dans le terrain d'un château entre Plaisir et Jouars-Pontchartrain, Yvelines, France.
Durée : 9 semaines.
Arrêté le 27 juillet 1944 à Paris

Informations complémentaires :

L'appareil décolle de Mildenhall le 7 juin à 23h50. Vers 2h du matin, à l'approche de l'objectif et alors que l'avion se trouve à 1800 m d'altitude, des obus incendiaires d'un chasseur allemand atteignent une de ses ailes et le réservoir de carburant. Mitraillé une deuxième fois, l'avion prend feu et le pilote, Philip Lamason, donne l'ordre d'évacuer l'appareil. Chapman parviendra d'abord à s'évader mais sera arrêté par la suite avec Lamason. Deux hommes de cet équipage trouveront la mort : le W/Off Robertson "Robbie" Brown Aitken, mitrailleur dorsal, dont le parachute ne s'ouvre pas (enterré au cimetière de l'église de Jouars-Pontchartrain, Yvelines) et le Fl/Off Thomas William Dunk, mitrailleur également (enterré au cimetière communal de Plaisir à 15 km à l'Ouest de Versailles).

Trois autres, le bombardier Gerald Musgrove , le mécanicien Fl/Lt John Marpole et l'opérateur radio Fl/Off Lionel Henry James George parviendront à s'évader.

Chapman atterrit non loin de Lamason, car ils se retrouvent dans les quelques premières minutes de leur évasion commune. Lamason atterrit dans un champ près de Trappes vers 2h du matin ce 8 juin, à 8 Km au SO du château de Versailles. Il s'est foulé la cheville et cache son équipement dans des buissons avant de retrouver Kenneth Chapman, avec qui il poursuit son évasion.

Ils marchent un bon kilomètre à travers champs et rencontrent quatre Français qui leur indiquent une direction à suivre. Ils rencontrent encore six Français, qui les conduisent dans une maison et prodiguent les premiers soins. Un des Français les conduit ensuite dans un bois, un mile plus loin. Là, vers midi, une Française parlant anglais vient leur apporter des vêtements civils et les quitte après les avoir guidés à une voiture [Chapman la nomme "Barrows" dans son rapport et dit qu'elle habitait un village à 2 miles au Nord de Trappes. Il pourrait s'agir de la comtesse de SAINT SEINE à Villepreux, reprise sans confirmation dans la liste IS-9]. Ils sont conduits dans un village près de Montfort-l'Amaury, où ils reçoivent un repas. La venue de deux soldats allemands les fait fuir par une fenêtre. Ils se cachent un peu plus loin dans un ruisseau. Une heure plus tard, on vient les rechercher et on les cache dans une grange près de la maison où ils ont mangé.

Ils sont ensuite conduits en voiture à Montfort-l'Amaury chez un serrurier nommé Roger "cueillerier au 27 Rue de Paris" (Roger CUILLERIE, repris au 9 Rue de Versailles dans la liste IS-9 de 1945). Ils y voient un "Larkin", aviateur américain très brûlé : John Larkin (James Irving Lindquist y sera aussi logé). Chapman et Lamason y restent jusqu'au 13 juin, cachés dans sa maison.

Déguisés en ouvriers peintres, Chapman et Lamason sont alors conduits en voiture par une jeune femme belge (Anne Marie ERREMBAULT de DUDZEELE, alias "Antoinette" dans la sous-section PROMPSAUD) dans une autre maison à Rambouillet, où ils sont cachés jusqu'au 23 juin. Ils sont chez Christiane LEFEBVRE (née OLIVIER) et son fils Claude Georges LEFEBVRE, au 44 Rue du Petit Parc à Rambouillet. Madame LEFEBVRE est aussi logeuse de la sous-section PROMPSAUD de Marathon (de François PROMPSAUD, 9 Rue Dubuc à Rambouillet). [Marie Le Febvre, arrière-petite-fille de Christiane LEFEBVRE et petite-fille de Claude, a publié en octobre 2015 Risking and Resisting, un livre consacré aux activités de sa famille dans la Résistance et l’aide aux 8 aviateurs Alliés. Infos : http://www.riskingandresisting.com/]

Ce 23 juin, Chapman et Lamason sont habillés en pompiers (M. DEGOIS, maire de Rambouillet, avait procuré un véhicule et des uniformes de pompiers pour le transport des aviateurs de PROMPSAUD) et conduits en auto-pompe près de Chevreuse. Ils sont accompagnés par "Tromsaud, Rue d'Abue" selon Chapman (François PROMPSAUD, 9 Rue Dubuc). Là, ils revoient la Belge (Anne Marie ERREMBAULT de DUDZEELE) qui roule toujours sur son vélo de la marque BSA (Birmingham Small Arms) en compagnie d'un Français que Chapman et Lamason nomment "Charbonnier" et qui lui dit avoir aidé de nombreux aviateurs. C'est bien Maurice CHERBONNIER, époux de Marie-Thérèse LE GUILLOU, libraire au 76 Rue de Paris à Chevreuse, chef de secteur ramassage pour Jean de BLOMMAERT dans la région de Chevreuse et Rambouillet. Ce dernier les loge jusqu'au 2 juillet chez lui dans sa librairie. Ils y rencontrent Andrew Rowe, le F/Sgt Davidson [SPG 2459 F/Sgt Robert Davidson du 622 Sqn Lancaster LL782 tombé à Trappes en mai 1944 et caché jusqu'à la libération en août], le Sgt RAF A. Hunter et le 1/Lt Phelps de l'USAAF [vraisemblablement le E&E1395 Sgt John R Phelps du 381BG/532BS (B-17) 42-31490 tombé en mars 1944 et également caché jusqu'à la libération en août].

Ces quatre aviateurs restent à Chevreuse quand Chapman et Lamason partent loger ailleurs le 2 juillet. Ils sont donc alors hébergés pendant deux semaines (jusqu'au 18 juillet) dans la famille KALMANSON au 24 Rue de la Porte de Paris à Chevreuse, au Sud de Versailles. La fille de la famille, Colette, avait 19 ans à l'époque. Lamason y reçoit une nouvelle paire de souliers.


Colette Kalmanson, Philip Lamason et Kenneth Chapman à Chevreuse.

Chapman et Lamason quittent Chevreuse ce 18 juillet et sont convoyés vers Paris en train. Leurs guides sont encore la jeune femme belge et leur premier logeur français de Chevreuse, donc Anne Marie ERREMBAULT de DUDZEELE et Maurice CHERBONNIER. Ils logent deux jours chez un homme critique d'art dont la femme les guide ensuite dans un square. Lamason ne cite pas de nom, mais l'adresse Rue d'Assas, près des Jardins du Luxembourg. Chapman déclare bien le nom de WERTH au 66 Rue d'Assas dans son rapport de libération (Suzanne Joséphine CANART épouse de Léon WERTH et leur fils Jean Louis, au 66 Rue d'Assas. Leur dossier indique "Ligne pénétrée. N'appartient pas au réseau.") Un Français les y prend et les conduit chez lui jusqu'au 25 juillet. Ils sont alors pris en charge par Georges PREVOST au 20 Boulevard Sébastopol à Paris IVe.

Là, ils reçoivent régulièrement la visite d'un inconnu parlant couramment le français et l'anglais et se faisant appeler "Jack", disant qu'il travaillait pour l'Intelligence Service. Il leur explique en détail la route vers l'Espagne qu'ils vont suivre. Il leur demande aussi les noms de leurs logeurs, pour pouvoir les dédommager de 200 FF par jour. Lamason et Chapman sont ensuite conduits en voiture dans un autre arrondissement le 26 juillet. Leur convoyeuse est la jeune secrétaire de "Jack", accompagnée du chef de "Jack", un homme ressemblant à Al Capone et prétendant l'avoir connu à Chicago quand il y a vécu. Son adjoint l'accompagne et pose beaucoup de questions sur les défenses allemandes.

Chapman et Lamason passent ainsi par le 2 Square des Aliscamps (dans le XVIe) chez l'agent allemand Miodrag "Draga" Jevremovic (Yévrémovitch) jusqu'au 27 juillet, quand un homme d'allure hispanique les prend aux Champs-Elysées. Cet homme est Ruiz Jose Doroteo ou Jose Doroteo Ruiz, alias "Vincent". Ses parents vivaient à Sesto Viscaya en Espagne et il est le premier assistant de Miodrag Yévrémovitch. Ils y attendent un peu et sont ensuite conduits en voiture au QG de la Gestapo à Paris (vraisemblablement à l'Avenue Foch). Après avoir été menottés et rapidement interrogés, ils sont rejoints par deux aviateurs américains et quelques Français. Chapman se souvient qu'un des Américains est le Lt Appleman, un pilote de planeur. Vers 20 heures, ils sont tous incarcérés à la Prison de Fresnes jusqu'au 15 août.

Les troupes Alliées approchant de Paris, dont la population et la Résistance commencent à s’insurger, préparant leur libération, les Allemands décident d’évacuer les aviateurs internés à la Prison de Fresnes. Comme 167 autres aviateurs Alliés et plus de 2000 civils, dont un tiers de femmes, internés à Fresnes, Phillip Lamason et Kenneth Chapman se retrouvent à bord de l’un des derniers convois partis vers l’Allemagne. Ce convoi, le n° I.264, à destination du camp de Buchenwald, part de la gare de Pantin dans la soirée du 15 août 1944.

Parmi les 169, il y a 2 Néo-Zélandais (dont Lamason, prisonnier n° 78407), 9 Australiens, 1 Jamaïcain, 1 Néerlandais, 24 Canadiens, 49 Britanniques (dont Chapman, prisonnier n° 78409) et 83 Américains (dont 1 servant dans la Royal Canadian Air Force = F/O Stevenson, voir ci-dessous).

Le convoi avance lentement, les voies ayant été endommagées par les bombardements. Le 16, le pont de chemin de fer surplombant la Marne étant détruit, le convoi reste bloqué pendant 3 heures dans le tunnel d’approche. Finalement, les prisonniers sont obligés de quitter le train et de marcher jusqu’au pont de Saâcy-sur-Marne pour monter à bord d’un autre train de l’autre côté de la Marne.

Tôt dans la matinée du 17 août, près de Mézy-Moulins, alors que le train ralentit, un aviateur Américain servant dans la RCAF, le F/Off Joel Matthew Stevenson (pilote du Lancaster KB727 du 419 Squadron abattu par un chasseur allemand le 5 juillet 1944 lors d’une mission sur les installations ferroviaires de Villeneuve-Saint-Georges en Val-de-Marne au sud de Paris) s'évade de son wagon, en compagnie de 2 officiers français. Stevenson restera caché en France jusqu‘à sa libération le 28 août par des troupes américaines - rapport d’évasion SPG 3325/2812. Cinq membres de son équipage, également arrêtés et qui se trouvaient dans le convoi, arriveront à Buchenwald. Les fuyards sont rapidement repris, sauf Stevenson qui réussira son évasion mais un Français sera abattu par les Allemands. Après Epernay et Châlons-sur-Marne, le convoi arrive à Nancy le 18 vers midi. Passant par Lunéville, Sarrebourg, Sarrebrücken et Strasbourg (où il traverse le Rhin), le convoi arrive en Allemagne où l’attitude des gardes Allemands semble s’assouplir un peu. Les prisonniers arrivent à Frankfurt-am-Main dans la matinée du 19. Puis, après être passé par Hanau, Fulda, Gotha (où ils reçoivent enfin une nourriture un peu plus consistante, même s’il ne s’agit que de biscuits, d’un peu de pain et de viande) et Erfurt, le convoi arrive à la gare de Weimar. Tous les prisonniers sont dans un état lamentable, manquant d’eau, de nourriture et obligés depuis des jours de subir des conditions sanitaires inhumaines, de manquer d’espace et d’air frais.

Les wagons contenant les femmes sont détachés et elles seront envoyées au camp de Ravensbrück. Les autres wagons sont arrimés à un train local qui quitte Weimar pour amener les prisonniers à une petite gare dans une clairière de la forêt de Buchenwald. Descendus des wagons à coups de bottes par des gardes de la SS, les aviateurs sont battus continuellement alors qu’ils titubent vers le camp de concentration de Buchenwald. Ils se posent des questions en apercevant de la fumée noire s’échappant en permanence d’une cheminée basse, leurs narines emplies d’une odeur nauséabonde… Après une longue séance de comptage, ils sont parqués à ciel ouvert (le "Kleine Lager") pendant deux semaines dans des conditions abominables. Le 24 août, des bombardiers américains ont pour objectif des usines d’armement à Weimar tout proche. Des bombes tombent sur une partie du camp près des usines, n’occasionnant que des dégâts matériels. Les aviateurs prisonniers sont obligés, avec difficulté et sans matériel adéquat, d’éteindre les incendies et déblayer les ruines et le Squadron Leader Phillip Lamason (voir sa page sur le présent site), le plus haut gradé parmi eux, proteste auprès du commandement du camp et s’entend dire par les SS que les aviateurs sont tous des terrorfliegers et susceptibles d’être exécutés sans autre forme de procès.

Tous tentent de survivre aux privations, au manque total d’hygiène, aux coups, à la faim et la soif. Ayant eu vent de projets consistant à faire travailler les aviateurs dans un camp de travail proche (Dora), Phillip Lamason est déterminé à faire savoir au commandement de la Luftwaffe que leur détention là par les SS est contraire aux conventions. En effet, les aviateurs auraient dû être internés dans un Stalag et non un camp de travail et d’extermination. En début octobre, un as de la chasse allemande, l’Oberst Johannes Hannes Trautloft de la Luftwaffe, qui avait entendu parler d’aviateurs Alliés internés dans le camp, veut vérifier les rumeurs et prétexte une tournée d’inspection pour examiner les dégâts à Dora et Buchenwald suite aux bombardements. Les SS ne montrent à Trautloft et ses adjudants que les aspects présentables du camp, les bureaux de l’administration et les baraquements des gardes. Ils déclarent que les détenus sont tous des prisonniers politiques assurant la main d’œuvre d’une usine de munitions à l’intérieur du camp et pour d’autres usines proches.

Trautloft et son groupe s’apprêtent à partir lorsqu’il est interpellé en allemand de derrière les barbelés par un détenu. L’homme déclare qu’il est un officier Américain. Les SS tentent de dissuader Trautloft de lui parler, mais Trautloft leur rappelle son grade et les fait se tenir à distance. Bientôt, il est approché près des fils barbelés par d’autres aviateurs parlant l’allemand, dont le F/Lt Spunter Adolphe Spierenburg, un officier néerlandais de la RAF servant habituellement d’interprète à Lamason. Trautloft s’entend confirmer qu’il y a effectivement plus de 160 aviateurs dans le camp et on le supplie de les en faire sortir. Trautloft prend quelques notes et promet de faire ce qu’il peut auprès de ses supérieurs pour que les prisonniers militaires soient transférés vers un camp géré par la Luftwaffe.

Ayant appris par la suite que, devant le refus des aviateurs et particulièrement de Lamason de collaborer, la Gestapo avait ordonné leur exécution pour le 24 ou le 26 octobre, Lamason redouble d’efforts. Finalement, sur ordre du Maréchal Goering, la Luftwaffe obtient de la Gestapo que les hommes soient transférés dans un camp adapté à leur statut. Lamason, Chapman et 155 de leurs compagnons furent évacués de Buchenwald par train le 19 octobre et arrivèrent au Stalag Luft 3 à Sagan/Zagan, Pologne, le 21. Les 10 derniers, restés au camp pour diverses raisons, dont la maladie, quitteront Buchenwald 5 semaines après les autres et arriveront en train à Sagan le 29 novembre. Deux aviateurs sont décédés pendant leur détention au camp : le F/O Philip Derek HEMMENS, RAF 49 Squadron, bombardier à bord du Lancaster ND533 abattu le 10 juin 1944, âgé de 20 ans, décédé le 10 octobre (selon sa carte de prisonnier) de septicémie, pneumonie et rhumatisme articulaire et incinéré le lendemain. L’autre est le 1st Lt Levitt Clinton BECK Jr, USAAF, 24 ans, pilote du P-47 42-8473 abattu en combat aérien le 29 juin 1944. Sa carte de prisonnier indique qu’il est mort le 31 octobre 1944 et incinéré le 1er novembre. Cause du décès : pleurésie purulente (mal soignée…). Parmi les civils, on estime que la grande majorité d’entre eux ont été exterminés soit à Buchenwald ou dans les camps de travail de Dora et d’Ellrich, très peu d’entre eux survivant à leur détention.

Devant l’avancée des troupes russes, le Stalag Luft 3 est évacué en fin janvier 1945 et les Américains séparés des autres. Lamason (prisonnier n° 8056) et Chapman (8057) se retrouvent finalement au Stalag III-A près de Luckenwalde le 6 février, d’où ils seront libérés le 20 avril par des soldats russes. Le 5 mai, ils partent rejoindre les lignes américaines. Conduits vers l’aérodrome de Hildesheim, ils rejoindront Bruxelles pour un rapide débriefing avant leur retour en Grande-Bretagne.


De gauche à droite : Fl/Off Ken Chapman, Fl/Off Gerry Musgrove, Fl/Off Lionel George, Fl/Lt John Marpole, Sqn Ldr Phil Lamason, Fl/Off Tommy Dunk, W/Off Robbie Aitken.

Carte de prisonnier de Kenneth Chapman attestant de son transfert de Buchenwald.


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters