Personne passée par Comète via les Pyrénées

Dernière mise à jour le 21 juin 2017.

Robert George Thomas KELLOW / Aus 411453
156 National Park Street, Merewether, Newcastle, New South Wales, Australie
né le 13 décembre 1916 à Newcastle, New South Wales, Australie / † le 12 février 1988 à Winnipeg, Canada.
P/Off RAAF, RAF Bomber Command 617 Squadron, opérateur radio
Atterri près d'Almelo, OverIjssel, Pays-Bas.
Avro LANCASTER Mk I, JB144, immatriculation : KC-N abattu la nuit du 15 au 16 septembre 1943 lors d'une mission sur le canal Dortmund-Ems à Ladbergen
Ecrasé près de Den Ham, Pays-Bas. Durée : 6 semaines
Passage des Pyrénées : le 20 octobre 1943

Informations complémentaires :

Rapport d'évasion n° SPG 3316/1597, Appendix C seulement.

Le Lancaster JB144 décolle de Coningsby le 15 septembre à 23h58. Dans la zone de l'objectif, volant à très basse altitude, il est atteint par des tirs de Flak légère. Lors d'une tentative d'échapper aux batteries, il heurte des arbres lors d'un 3ème survol de la zone de l'objectif, ce qui entraîne la mise hors service des deux moteurs gauche. Le pilote, Fl/Lt Leslie Gordon Knight, RAAF tente de regagner de l'altitude. Voyant les deux autres moteurs en surchauffe, il donne l'ordre de larguer leur seule bombe de 5500 kg, puis de jeter par-dessus bord tout ce qui pourrait encore alléger l'avion en perte d'altitude.

Le Lancaster continue de descendre et Knight, tentant de le maintenir sous contrôle, donne l'ordre de l'évacuer alors qu'ils passent la frontière germano-hollandaise à l'approche d'Almelo. Le navigateur Fl/Off Harold Sidney Hobday saute en premier, suivi de l'opérateur radio F/Sgt Robert Kellow (la présente fiche), et du bombardier Edward Johnson. Suivent alors le mitrailleur avant Sgt Frederick E Sutherland, RCAF, le mitrailleur dorsal Sgt Les Charles Woollard, le mécanicien Sgt Raymond Ernest Grayston et le mitrailleur arrière Sgt Harry E. O'Brien, RCAF.

S'étant assuré que tous ont sauté, le pilote Leslie Knight reste à bord et tente sans succès de faire un atterrissage forcé. L'appareil heurte des arbres à trop basse altitude et se fracasse au sol, prenant immédiatement feu. Leslie Knight trouvera la mort dans le crash de l'appareil et sera inhumé par la population locale. Il repose au Den Ham General Cemetery, au Nord-ouest d'Almelo, OverIjssel, Pays-Bas.

Raymond Grayston et Harry O'Brien seront faits prisonniers. Outre Robert Kellow et Edward Johnson, trois autres hommes parviendront à s'évader. Les Woollaard, aidé par EVA jusqu'au 22 octobre 1943, sera évacué par Bourgogne/Burgundy et rejoindra l'Angleterre via la Bretagne dans la nuit du 22 au 23 janvier 1944 (SPG 3318/1718). Harold Hobday et Fred Sutherland traverseront les Pyrénées en novembre 1943 et quitteront tous deux Gibraltar le 5 décembre pour arriver le lendemain à Portreath en Angleterre (SPG 3317/1603 et 3317/1604).

Kellow est aidé en Hollande, entre autres par le résistant Cees VAN TURENHOUT (Emmalaan 20, Breda), qui lui a procuré des vêtements civils.

Le matin du 23 septembre, des contrebandiers néerlandais le passent en Belgique près de Reusel (Selon Carl Rijmen, il s’agit de Johannes FRIESEN et d’Emmanuel VANTHOOR, tous deux habitant Bladel). Ils lui montrent un sentier à suivre pendant une heure pour arriver à une abbaye. Il ne la trouve pas, mais vers 5h30, entendant des cloches sonner, il se dirige vers le bruit et atteint une heure plus tard l'abbaye de Postel à quelques kms au nord de Mol. Le Père supérieur (Pater HUBERTUS selon Carl Rijmen – le révérend Père HUBERT dans la liste pour l’attribution de récompenses) parle un anglais rudimentaire, mais un Hollandais caché dans l’abbaye pour échapper aux Allemands le parle bien et il a des contacts avec un réseau. [Selon le chercheur Carl Rijmen, il s’agit de VAN TURENHOUT, qui n’aurait aidé Kellow qu’à Postel et non en Hollande même comme indiqué ci-dessus…] Dans son rapport, Kellow mentionne qu’un jeune homme de Mol, âgé de 21/22 ans, "Louis", arrive l'après-midi. Le Hollandais (van TURENHOUT, donc) lui donne un vêtement civil et il ne garde que sa chemise et sa cravate d'uniforme et ses souliers. Un des abbés soigne ses pieds.[Carl Rijmen nous apprend que "Louis" est en fait Louis / Ludo VAN EECKHOUT, du 55 Veldstraat, Mol, où il habite avec son père Frans et sa mère Maria Christina (1900-1992), née VERBRUGGEN. Frans et son fils Louis, tous deux membres du MNB, Section "J.Moortgat"-sous-section "Wauters", seront arrêtés le 8 mars 1944 par la GFP et seul Louis reviendra des camps, son père Frans mourant en captivité au camp de travail de Hersbruck le 29 mars 1945. Tous deux se verront décerner la Medal of Freedom américaine.]


Cees Van Turenhout, membre de la résistance néerlandaise, a donné à Kellow un habit civil pour son voyage d'évasion.

Kellow est caché par la Résistance dans l'abbaye Postel. Sa chambre était celle avec la plus haute fenêtre sur cette photo.

Le matin du 25 septembre, Louis VAN EECKHOUT arrive à l’abbaye avec deux vélos et guide Kellow jusqu’à Mol pour le faire prendre en photo en vue de la confection de faux papiers, après quoi Louis le mène chez un prénommé Paul [Carl Rijmen nous précise qu’il s’agit de Paul VEREECKEN - orthographié VERECKEN dans la liste pour l’attribution de récompenses…) au n° 75, Donk-MOL.

Kellow y reste 15 jours, jusqu'au 9 octobre, et Paul lui donne une chemise et une cravate. Le 9, un jeune belge d’environ 25 ans, le chef de Paul dans la résistance vient le chercher là pour le conduire à Turnhout. Selon Carl Rijmen, ce chef est Albert SOETEN, né le 30 avril 1915 et habite à la Rubensstraat à Turnhout. Toujours selon Rijmen, SOETEN guide Kellow jusque chez "A" WAUTERS à Turnhout. Il doit s’agir de Gustave WAUTERS, habitant au 51 Elisabethlei à Turnhout, chef provincial du MNB / BNB, arrêté par la GFP le 7 février 1944. La Medal of Freedom lui a été décernée par les USA.

"Lili"/"Micheline"/ "Michou" (Aline DUMONT) vient chercher Kellow chez WAUTERS. Ils arrivent trop tard à la gare pour pouvoir prendre un train pour Bruxelles ce soir-là, et passent la nuit à Turnhout, dans la maison d’un résistant, responsable de la 9ème Section de l’Armée Blanche.

Le 10 octobre, Aline DUMONT le conduit à Anvers d’où ils prennent le train pour Bruxelles, arrivant vers 11h00 dans la capitale. Kellow reste ensuite 9 ou 10 jours chez Mme Hélène CAMUSEL, chez qui Aline habite, au 160 Rue Marie Christine à Laeken. Aline lui explique que sa mère est sortie de prison après un an d'internement, au lieu des six mois auxquels elle avait été condamnée. Kellow devait quitter Bruxelles le 11, mais un Allemand s’étant quelques jours auparavant fait passer pour un aviateur allié, il faut revoir les plans. Le réseau pensait savoir qui avait passé cet Allemand, et il faut attendre que le réseau en finisse avec lui. Kellow apprend aussi que cet agent Allemand est responsable de la coupure de cinq ou six des lignes de rabattage.

Dans son livre "Paths to Freedom", publié en 1992 au Canada après le décès de Bob Kellow, celui-ci raconte qu'il rencontre Arthur Kellett à Bruxelles. Les papiers belges de Kellow sont établis au nom de Robert De Bruyn, un instituteur. Ses papiers français le décrivent comme Paul Bierre, imprimeur. Anne BRUSSELMANS vient le photographier avec deux hommes. Avant de partir, il retrouve Stanley May, de la même ville que lui.

Kellow quitte Bruxelles le 18 ou le 19 octobre avec le Sgt Bill Williams (il doit s’agir du F/O William G. Williams - Halifax DK207 - RAF 76 Squadron - abattu dans la nuit du 30-31 août 1943 - D’abord évadé, puis prisonnier n° 222799 au Stalag 4B). Ils sont accompagnés de deux Américains guidés par deux hommes belges. Ils passent à Tournai, où ils prennent une correspondance vers un village le long de la frontière française. Les Américains y restent, et Williams et lui sont passés en France et vont dans la maison d’un gendarme (un douanier), où ils passent la nuit.

Le 20 ou le 21 octobre, vers 05h30 du matin, Kellow et Williams suivent à pied un guide qui les mène à Cysoing d’où ils prennent un train pour Lille, puis un autre pour Paris, munis de cartes d'identité françaises. Kellow figure sur une liste d'Amanda STASSART.

A Paris, ils restent environ une heure chez "Mme Blonde", qui déclare avoir épousé un officier de marine australien, un Anglais puis un Hindou [Indien]). Il s’agit de Germaine FLACHET, épouse BAJPAI. Elle les conduit dans l'appartement de Mme HOCHEPIED, au 11 Rue Descombes Paris XVIIe (métro Porte de Champerret) et les deux hommes restent chez elle deux jours et demi. Il semble que Kellow et William Williams sont alors séparés, ce dernier se faisant arrêter par la suite dans des circonstances que nous ignorons.

Kellow quitte Paris avec William Catley et une guide. Deux Américains sont dans le même train. Probablement Robert Muir et Mike Fleszar. Ils ne sont pas contrôlés en cours de trajet et, arrivés à Bordeaux, un homme (probablement Jean-François NOTHOMB) les prend en charge et voyage avec eux en train jusque Dax. Là, on leur donne des vélos et tout le groupe sauf un des Américains pédale jusque Saint-Jean de Luz. L'Américain, qui ne sait pas rouler à vélo, voyage en train et les rejoint plus tard à leur hôtel, situé un peu en dehors de la ville (chez Pierre ARRIEUMERLOU ?).

Le 23 octobre, Kellow, Catley et les deux américains quittent la France avec deux guides, rejoints par un troisième au tiers du trajet. Cette traversée des Pyrénées est le 64e passage de Comète, par Larressore et Jauriko borda, avec les seuls guides de Pierre ELHORGA. Kellow mentionne qu’il est passé en Espagne "par un fraudeur" (ce sont ses mots). Mike Fleszar était mal en point physiquement et dut être porté par un des guides. Kellow prétend que le passage est réalisé le 24, mais la comptabilité de Comète indique qu'ils sont partis le 20 octobre 43.

On avait prévenu les aviateurs qu’une fois arrivés en Espagne, ils pourraient se rendre à la police espagnole, en disant qu'ils sont des aviateurs alliés échappés des Allemands. Ils se rendent donc dans un bureau de police dans un petit village (Urdax ?). On leur confisque leurs canifs et on leur demande leur argent (ils n'en ont pas). Ils sont alors conduits à un hôtel et, dans l'après-midi, ils sont menés dans un autre village (Dancharinea ?), où on leur demande leurs nom, prénom, adresse et métier en temps de paix. lls sont conduits le lendemain en bus à Irun, où ils sont photographiés et où on prend leurs empreintes digitales. Leur identité est encore contrôlée à un poste frontière. Ils sont conduits avec quatre Français à la Villa Casablanca, un camp de concentration pour Français à Irun. Ils n'y passent qu'une nuit et sont ensuite dirigés vers un hôtel en ville où ils restent 3 semaines. Le second jour, ils ont la visite du consul anglais de San Sebastian. Catley, Dix et Kellow sont emmenés à Lecumberri par des membres de la force aérienne espagnole. Kellow y retrouve le Fl/Off Hobday et le Sgt Sutherland de son équipage, ainsi que 5 ou 6 Américains. Après une nuit à Saragossa, ils sont tous envoyés à Alhama de Aragon pour 5 jours.

Robert Kellow est alors libéré et va à Madrid (24 novembre) et Gibraltar (26 novembre). Il quitte Gibraltar en avion le 2 décembre, arrive le lendemain à St Mawgan en Angleterre et est débriefé au MI-9 le 4 décembre 1943. Il rentre en Australie le 9 mai 1944, est promu Flight Lieutenant le 23 mars 1945 puis est muté au 37 Squadron du Transport Command jusqu'à sa démobilisation le 23 avril 1946.


Citation pour l’octroi de la DFM (Distinguished Flying Medal)
Officialisation via la London Gazette du 15 juin 1943

Robert Kellow est mort brusquement en février 1988. Il repose au Brookside Cemetery à Winnipeg, Canada.

Sa photo est celle indiquée sous son nom dans des archives d'Andrée De Jongh mais est la même que celle qui figure sous le nom de Palmer. Les autres photos lèvent ce doute.

Voici la photo de juillet 1941 reprise dans ses documents militaires de la Wireless School, Winnipeg – Centre d’entraînement d’opérateur radio (Australia WWII Service Records) :



© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters