Personne passée par Comète via les Pyrénées

Dernière mise à jour le 14 août 2020.

Donald Oliver MILLS / O-736646
70 Athens Street, San Francisco, Californie.
Né le 1 août 1917 à San Francisco, Californie / † le 15 avril 2003 à Fredericksburg, Texas.
2nd Lt, USAAF 96 Bomber Group 413 Bomber Squadron, bombardier.
Lieu d'atterrissage: aux environs de Sint-Oedenrode, Province de Zuid-Brabant, Pays-Bas.
Boeing B-17 G Flying Fortress, 42-3439, MZ-V, abattu le 20 octobre 1943 lors du retour d'une mission sur Düren par l'Oblt Erich Burkert du 9/JG26.
Ecrasé vers 14h45 sur une maison sise 19 Soestdijkseweg à De Bilt, faubourg d'Utrecht, Pays-Bas.
Durée : 6 semaines.
Passage des Pyrénées : le 6 décembre 1943.

Informations complémentaires :

Rapport de perte d'équipage MACR 1018. Rapport d'évasion E&E 279 disponible en ligne.

L’appareil décolle à 11h25 heure anglaise de Snetterton Heath. Des ennuis dans le moteur n°3 se développent avant de traverser la Manche et Donald Mills se rend compte en approche sur l’objectif qu’il ne parvient pas à ouvrir les portes de la soute à bombes dont il avait pourtant vérifié le fonctionnement peu après le décollage. Au-dessus de l’objectif, le pilote, 2nd Lt Charles F. Geyer Jr, parvient à actionner un levier pour libérer le chargement. Ayant perdu le contact avec la formation sur le vol de retour, le B-17 descend en altitude et vole sous le couvert d’une concentration nuageuse. A la sortie des nuages, l’appareil solitaire est attaqué vers 15h00/15h15 par six chasseurs, l’un d’eux le touchant sérieusement, provoquant un incendie dans le système d’alimentation en oxygène et blessant ou tuant cinq hommes à bord. Le pilote a l’intention de faire un atterrissage forcé en Hollande mais, ne pouvant contrôler l’appareil, il donne l’ordre au reste de l’équipage de sauter, à hauteur de Betuwe/Opheusden. On retrouvera les corps de cinq membres de l’équipage dans les débris de l’avion. Il s’agit de l’opérateur radio T/Sgt Aaron M. Becker, du mitrailleur ventral S/Sgt Edward L. Lantron, du mitrailleur droit S/Sgt Charles R. Randel, du mitrailleur gauche S/Sgt Alexander J. Guilianelli et du mitrailleur arrière S/Sgt James A. Parker. La chute de l’appareil occasionna également la mort de trois des occupants d'une maison.

Le pilote Geyer, de même que son copilote le 2nd Lt Robert P. Surdez Jr, le navigateur 2nd Lt William J. Doherty, le mitrailleur dorsal T/Sgt Frank J. Killarney seront faits prisonniers.


L’équipage original du pilote, 2nd Lt Charles F. Geyer Jr.
Devant, de gauche à droite : Charles Geyer ; son copilote le 2nd Lt Robert P. Surdez Jr, Donald Mills (la présente page) et le navigateur 2nd Lt William J. Doherty.
Debout derrière, de gauche à droite : le mitrailleur ventral S/Sgt Edward L. Lantron, le mitrailleur S/Sgt Melvin Litke (*), le mitrailleur arrière S/Sgt James A. Parker, le mitrailleur dorsal T/Sgt Frank J. Killarney, le mitrailleur gauche S/Sgt Alexander J. Guilianelli et le mitrailleur Everett J. Missey (*).
(*) Melvin Litke et Everett Missey n’étaient pas de la mission du 42-3439 du 10 octobre 1943. Missey fut tué lors d’une mission le 16 décembre 1943 et Litke termina son tour avec 50 missions à son actif.

Voir le site suivant qui montre d'autres photos d'équipage et d'autres liens (dont la présente page).

Donald Mills sera le seul qui parviendra à s’évader. Il saute à 3500 m d’altitude et retarde l’ouverture de son parachute jusqu’à environ 1500m. Au cours de sa chute, déséquilibré, il voit son kit d’évasion et la pochette contenant de l’argent des pays occupés tomber de la poche de son pantalon. Il aperçoit 3 autres parachutes et, à l’approche du sol, voit des gens courir vers l’endroit où il va atterrir. Il tombe dans un bosquet et se blesse légèrement. Il décide de ne pas prendre contact avec des gens qu’il aperçoit à quelques dizaines de mètres et se cache jusqu’à 19h00 dans un champ de betteraves. Il retourne dans le bosquet, y récupère son compas et dissimule sa combinaison de vol et sa Mae West avant de se mettre en route. Il signale avoir vu un avion en feu non loin de l’endroit où il avait atterri et son rapport ne mentionne pas s’il pense que c’est son appareil ou un autre. Nos recherches nous permettent de penser que, vu la zone où Mills a atterri, l’avion en feu doit être le B-17 42-30719 du 390th Bomb Group/569th Bomb Squadron, tombé le 20 octobre vers 15h30 à Eerde, près de Veghel (à 5km au nord-est de Sint-Oedenrode.)

Mills marche à travers champs et bois et après 2 kilomètres est approché par un civil à vélo qui parle anglais. Il le suit jusqu’à sa maison à Sint-Oedenrode où toute une famille l’accueille, lui donne à manger ainsi que des vêtements civils. Parmi les hommes qui se trouvent là, il y a un ex-officier d’infanterie de l’Armée hollandaise, qui parle anglais. Il l’interroge de manière approfondie en vue de s’assurer de son identité. On lui dessine une carte avec indication de l’endroit où il pourrait traverser la frontière hollando-belge et il reçoit une provision de pain et de beurre, des tickets de ravitaillement pour du pain et du lait ainsi que 20 florins. Trois hommes le guident alors hors de la ville et le mettent sur la voie, lui conseillant de contourner Eindhoven, où il y a une forte garnison allemande.

Mills se repose dans une meule de foin, poursuit sa route, s’adresse à quelques personnes qui lui apportent un peu d’aide. Il continue sa route seul, se perd, atteint les faubourgs d’Helmond, trop à l’est d’Eindhoven, se ravise et prend la direction du sud-ouest, atteignant Leende dans la soirée. Là, contrairement à d’autres gens auxquels il s’était adressé auparavant sur sa route, un fermier lui refuse de l’eau et il continue à marcher en direction de la frontière, se cachant dans des fossés et des meules de foin. Au matin, après être passé près de Budel, il traverse la frontière et arrive à Hamont en Belgique où un fermier lui donne une pomme et de l’eau. Il se cache dans un bois avant de suivre une route pavée puis s’oriente vers le sud. Un couple le conduit chez eux, lui donne à manger et l’homme lui montre une carte de Belgique, lui indiquant le meilleur itinéraire pour rejoindre la France. Mills doit s’enfuir par une porte arrière lorsque son hôte voit arriver un collaborateur notoire s’approcher de la maison. Il semble que cela se soit passé à Kleine-Brogel, la suite de son parcours étant difficile à déchiffrer dans le manuscrit de son rapport, la partie dactylographiée ne reprenant aucun nom de personne ni d’endroit. On devine qu’il passe par Sint Huibrechts-Lille, Overpelt, Hechtel, rencontrant en route des civils et des policiers ("gendarmes") disposés à l’aider.

Vers le 23 octobre, caché dans un bois à la suggestion des policiers, ceux-ci reviennent l’y chercher dans la soirée pour le mener chez eux. Ils lui donnent à manger avant de le mener à vélo chez Albert SOLS, 58 Molenstraat à Eksel (Hechtel), qui le loge chez lui pendant six jours (cet homme, membre du Groupe ROYERS et de Comète, sera décoré en 1949 de la US Medal of Freedom). On cite également parmi ses Helpers, Charles WILLEKENS, de Beverbeek (Hamont-Achel), du même groupe ROYERS et lui aussi décoré de la Medal of Freedom.

Mills a été hébergé le 8 novembre à Eksel en compagnie du Sqn/Ldr Johnson, de James Elliot et de Robert Clements dans la maison de Mme Vve Liliane Smets-WOODIWISS, « Little Yorkshire », Eksel, membre du Groupe ROYERS et décorée en 1947 de la US Medal of Freedom. Née à Cullingworth dans le Yorkshire en 1897, Lilian avait épousé Franz Paul Smets d’Eksel, mort en 1941. Elle est décédée en mai 1975 à Neerpelt et a été inhumée à Eksel.

Mills raconte que : "A la gare d'Overpelt (ou celle de Neerpelt ?) le guide me donna un ticket et m'indiqua l'homme portant une moustache impressionnante et que je devais suivre. Nous prîmes place dans le compartiment n° 7, moi assis à quelques mètres de lui. On m'avait fait comprendre qu'en cas de passage d'un contrôleur, je devais donner le même type de document que lui, papiers ou ticket. Ces documents, ainsi que la fausse carte d'identité, me paraissaient assez primitifs et n'auraient selon moi pas résisté longtemps à un contrôle sévère. Le voyage vers Anvers se déroula sans incident, malgré la présence à bord de nombreux militaires allemands."

Mills est logé chez Virginie DE BRUYN au 37 Keizerstraat à Antwerpen/Anvers, amené par Gustave BUSSCHOTS (9 Zurenborgstraat, Antwerpen, également décoré de la Medal of Freedom en 1947). Marcel DAELEMANS (15 Oranjestraat, Antwerpen) convoie Mills jusqu'à Bruxelles. Elie MIROIR le loge chez Albert DE JONGHE et Suzanne FRANKEL au 66 Avenue Albertyn à Woluwe-Saint-Lambert, du 16 au 19 novembre 43, puis vient le reprendre.

Amené près de la frontière française, Mills est, selon toute vraisemblance, guidé par Henriette HANOTTE, qui le fait passer en France où il est vraisemblablement confié à Amanda STASSART (« Diane », dont la liste des aviateurs aidés reprend son nom) et qui l’amène à Paris. Le rapport de Mills, sans donner de noms ni de détails, mentionne un voyage en train de Lille à Amiens durant lequel il aperçoit de nombreuses installations de la DCA allemande.


Henriette HANOTTE et Donald Mills Jr à Bachy le 9 mai 2015
(merci à leur auteur, Co de Swart, pour ces clichés qu’il nous a transmis)

Arrivé à Paris, Donald Mills est hébergé par Mme Vve Marianne MacCONNEL (119 Boulevard Exelmans, dans le 16ème) et Odile HOCHEPIED au 11 Rue Descombes à Paris XVIIe, (métro Porte de Champerret).

Après 16 jours à PARIS, Germaine BAJPAI-FLACHET confie Mills à une guide (une très petite femme, au teint olivâtre, qui ne parle pas l'anglais, yeux et cheveux sombres), Marcelle DOUARD, qui l'amène dans le Sud. Le groupe est constitué de Donald Mills, Robert Clements, et du Sqn/Ldr Edward Johnson.

Arrivés en train à Bordeaux, ils sont remis à un Belge, Jean-François NOTHOMB, qui les conduit en train à Dax. Ils pédalent ensuite de Dax jusque BAYONNE, où ils passent la nuit à l'étage d'un café. Donald Mills et ses compagnons logent à Sutar à l'auberge Larre de Jeanne MENDIARA.

Après 25 autres Km à vélo, ils rencontrent leurs passeurs basques pour les Pyrénées (à Mandochineko borda, sur le territoire de Larressore). Ils commencent alors à marcher, hors des sentiers. Mills tombe dans une descente et perd le groupe, puis parvient à le retrouver. Ils mangent dans une ferme (Jauriko borda) et le lendemain, un guide de 45 ans les reprend. Ils retrouvent quatre autres évadés dans une grange, dont Harold Pope.

Le groupe de Donald Mills, Robert Clements et Cyril Passy passe la frontière le 6 décembre, dans le 77e passage de Comète par Larressore et Jauriko borda avec les seuls guides d'Espelette de Pierre ELHORGA.

Le rapport d’évasion de Donald Mills indique qu’il est « arrivé en Espagne le 10 décembre 1943 », puis à Madrid où il a été interrogé le 13 décembre, a atteint Gibraltar le 17, y a été interviewé le 19, quittant Gibraltar par avion le 20 et rentrant en Angleterre le même jour.

Alors qu’il suivait son entraînement de bombardier dans l’Arizona, Donald Mills tomba éperdument amoureux de la jeune Anna Loland, 17 ans, et ils se marièrent quinze jours avant qu’il soit envoyé en Europe.


Anna Loland Mills vers 1943.

Anna servit comme infirmière aux Etats-Unis durant la guerre. Malgré la réception d’un télégramme officiel lui annonçant que son mari était porté manquant et présumé mort, elle conserva cependant avec conviction l’espoir de le voir revenir. Anna Mills est décédée le 29 novembre 2014.

Le 9 mai 2015, à l’occasion d’une cérémonie d’hommage à Henriette Hanotte ("Monique"), Donald O. Mills Jr, venu spécialement des Etats-Unis, a pu rencontrer Henriette à Bachy et échanger avec elle quelques souvenirs de l’époque où son père était aidé par Comète.

Voir les détails concernant cette cérémonie sur la page d’Henriette Hanotte.


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters