Dernière mise à jour le 19 mai 2021.
Arthur Morris RAE / 1552248 et 176211
97 Glenmarkie, Terrace, Dundee, Ecosse
Né le 16 août 1923 à Dundee, Ecosse / † le 1er octobre 2012 à Dundee, Scotland
Fl/Sgt, RAF Bomber Command 76 Squadron, bombardier
Lieu d'atterrissage : dans la région de Turnhout, Province d’Anvers, Belgique.
Handley Page Halifax, MZ623, MP-P, abattu la nuit du 24 au 25 mai 1944 lors d'une mission sur la gare de triage Rothe Erde à Aachen /Aix-la-Chapelle, Allemagne.
Atterrissage forcé/écrasé près d’Arendonk, à une dizaine de kilomètres de Turnhout, Province d’Anvers, Belgique.
Durée : 15 semaines
Libéré : à Bruxelles le 3 septembre 1944
SPG 3322/2287 (indisponible).
Le Halifax décolle de Holme-on-Spalding à 22h41 et est attaqué en route vers l’objectif par un chasseur allemand au-dessus d’Anvers / Antwerpen. Les membres de l’équipage sont sains et saufs.
Seul Arthur Rae, dont c’est la 18ème mission, parviendra à s’évader. Les six autres membres de l’équipage seront faits prisonniers : le pilote W/0 Frank Bishop, le navigateur F/O Ian Hardy Greer (ne faisant pas partie de l’équipage habituel de Bishop), l’opérateur radio F/Sgt William Cliff, le mécanicien Sgt Walter Thomas Mays, le mitrailleur dorsal Sgt Jack Danes et le mitrailleur arrière Sgt Charles Cassidy.
Les données concernant l’évasion d’Arthur Rae sur cette page proviennent de diverses sources, dont des archives de Comète. Cependant, les deux sources les plus importantes et détaillées concernant les Helpers de Rae sont, d’une part, le rapport établi le 19 juillet 1948 sur les activités de la Section de Geel, Limbourg du MNB (Mouvement National Belge/Belgisch Nationaal Beweging), que notre ami Michael LeBlanc, chercheur canadien, nous a transmis en mai 2021. Nous y ferons référence sous l’appellation "rapport". Nous y avons apporté des précisions sur base de la liste des Helpers belges ("LBH"). D’autre part, et principalement, un article rédigé en décembre 1998 par Arthur Rae lui-même, dont nous identifierons les extraits résumés sous "l’article" et que nous mettrons en italique.
L’article de Rae : Alors que le Halifax survole Anvers en route vers l’objectif, Arthur Rae remarque la lueur d’une fusée dans le ciel entre leur appareil et le sol. Il rapporte la chose au pilote qui donne instruction de surveiller au mieux la situation, mais bientôt Jack Danes rapporte avoir vu un chasseur s’approchant du Halifax depuis le bas et conseille au pilote de pratiquer une manœuvre d’évitement. Trop tard. Une forte explosion à l’arrière secoue l’avion et un incendie se déclare dans la soute à bombes, ce qui entraîne l’ordre du pilote à Rae de larguer les bombes immédiatement. Le largage, rendant le Halifax plus léger, permet au pilote de mieux le contrôler avant de le mettre en piqué suffisamment longtemps que pour éteindre les flammes. Le pilote fait demi-tour et tente de regagner de l’altitude. C’est alors que le chasseur allemand l’attaque à nouveau, ses tirs détruisant le nez de l’appareil, provoquant un appel d’air et, en touchant sévèrement l’aile gauche, met le feu aux deux moteurs de ce côté. Il devient impossible d’éteindre l’incendie et Bishop donne l’ordre d’évacuer l’appareil, en en maintenant le contrôle suffisamment longtemps pour que tous puissent l’évacuer.
Rae atterrit dans un arbre d’une dense forêt de conifères. Il ne peut détacher son parachute et se contente de se débarrasser en vitesse du reste de son équipement avant de quitter les lieux. A l’aide de la boussole de son kit d’évasion, Rae se dirige d’abord vers ce qu’il croit être le sud-ouest, mais il se rend compte après un certain temps qu’il était parti vers l’est. Il rebrousse chemin et à la levée du jour, longeant la forêt, il voit une petite ferme où un homme plutôt âgé s’occupe de ses poules. Le fermier ne comprend pas l’anglais et ne peut pas l’aider à se repérer sur la carte de son kit d’évasion. Il apprendra plus tard que cette ferme se situait à Rooien au sud-ouest de Turnhout. Rae poursuit sa marche et arrive à une autre ferme où il voit deux femmes et trois enfants. Il attire l’attention de l’une des femmes qui lui dit de ne pas bouger. Après que l’autre femme ait emmené les enfants ailleurs, elle le fait rentrer, lui donne à manger et du café avant de le mener vers un champ de hautes herbes à l’orée de la forêt en lui disant de rester là avant de le quitter. Rae s’endort et à son réveil voit deux dames âgées ramassant du bois à brûler, qui lui font comprendre de rester où il est. Dans l’après-midi, arrive un groupe d’hommes dans une charrette tirée par des chevaux, dont le conducteur parle très bien l’anglais. Il sert d’interprète entre Rae et un homme plus âgé qui le questionne pour vérifier qu’il est bien qui il dit être. Ses plaquettes d’identification vérifiées, tout est en ordre et on lui remet une salopette pour recouvrir son uniforme, de même qu’un faux permis de travail à montrer lors d’un contrôle éventuel.
On le fait asseoir près du conducteur et le groupe arrive à Geel, chez "Madame Jeanne", dont il apprendra quelques années plus tard le nom de famille, LEEMANS.. [Confirmé dans le rapport : Arthur Rae a été récupéré par Victor NEELS (97 Rosselaar, Balen-Nethe-LHB) et remis par celui-ci le 26 mai à Jeanne LEEMANS, épouse de Clement (9 Heiligenstraat à Geel-LHB)]
Il loge là une nuit et le lendemain, on lui échange son uniforme contre des vêtements civils. Il répond par l’affirmative à la question de savoir s’il sait rouler à bicyclette et un nouveau guide le mène à vélo un peu au sud-ouest de Geel chez Frans et Dymphna NEVELSTEEN (habitant avec leur fils Carolus / Charles au 89 Pas, à Geel-LHB). Rae y rencontre le F/Sgt Philip Tweedy [qui avait également été pris en charge par Victor NEELS. Rae et Tweedy sont logés chez les NEVELSTEEN jusqu’au 12 juin].
Confinés dans un espace réduit, ils passent la plupart de leurs journées à deviser et jouer aux cartes. Ils y apprennent que le Débarquement a eu lieu le 6 juin en Normandie. Le 12 juin, Frans NEVELSTEEN, fort agité, leur apprend que Jeanne LEEMANS a été arrêtée et qu’ils doivent être immédiatement transférés ailleurs. [La date n’est pas exacte : le rapport mentionne que Jeanne LEEMANS a été arrêtée le 11 juillet 1944, en même temps que les NEVELSTEEN et leur fils Charles Petrus Franciscus Josephus (Peter Frans) NEVELSTEEN a été envoyé en camps en Allemagne par le convoi du 10 août 1944 à destination de Buchenwald et est décédé le 20 novembre 1944 à la prison de Sangerhausen, à l’âge de 58 ans. Son épouse, Maria Dimphna a survécu à la guerre. LHB]

Le 12 juin, donc, Rae et Tweedy sont repris chez les NEVELSTEEN par Frans et Marie KERKHOFS, beau-fils et fille des NEVELSTEEN, qui les hébergent jusqu’au 30 juin au 85 Pas à Geel (LHB). Il semble que ce soit durant cette période "qu’un homme (non identifié) arrive de Bruxelles avec de fausses cartes d’identité pour les deux hommes". Ils sont encore davantage confinés avec beaucoup de tensions perceptibles.
Bientôt, Rae et Tweedy doivent bouger à nouveau (vers le 5 juillet), cette fois vers une ferme juste en bordure de Geel. Là, ils sont confrontés et interrogés par un homme armé d’un pistolet qui veut s’assurer que les deux hommes sont bien de la RAF. "Rick" Hulsman, leur interrogateur, les met en contact avec les propriétaires de la ferme, Marcel et Madeleine Peeters. [Rapport : Le 30 juin, Henri HULSMANS de Leopoldsburg et un CLAES viennent chercher Tweedy et Rae chez les KERKHOFS. Ils sont hébergés (le rapport ne dit pas chez lequel des deux, CLAES ou HULSMANS, mais nous penchons pour ce dernier) jusqu’au 8 juillet. Ce jour-là, CLAES et HULSMANS mènent Tweedy et Rae chez Marcel et Madeleine PEETERS au 52 Laar à Geel (LHB)]. Là, ils rencontrent un autre aviateur, Roy Reading, qui avait atterri presque dans l’arrière-cour des KERKHOFS le 13 mai.
Il y avait pas mal de monde résidant ou de passage à la ferme. "Rick" HULSMANS et sa femme "Lika" de passage ; Louis Ceulemans et Louis van Seegers tentant d’échapper à une arrestation, cachés ; les parents de Madeleine et sa sœur Maria, en visite, ainsi que Louis, le frère de Marcel. La ferme en elle-même n’était pas très grande et le logement y était un problème. Les évadés dormaient dans une sorte de "box" (caisse, coffre) caché dans une meule de foin au fond du jardin. Un jour, un Résistant se faisant appeler Reme et membre d’une organisation spécialisée en aide à l’évasion, arrive à la ferme. Il déclare qu’après une vague d’arrestations due à une infiltration de la ligne, tout est redevenu normal. Reme leur procure des documents de voyage et d’identité, tandis que Madeleine PEETERS et d’autres leur cherchent des vêtements et chaussures convenables pour la suite de leur parcours. Reme disparaît alors de la circulation sans leur donner d’indications quant à la manière ni la date à laquelle ils pourront poursuivre leur route. Leur impatience grandit à l’écoute de la radio et les nouvelles du front évoquant le blocage de l’avancée des troupes Alliées en Normandie.
La tension se relâche un peu lorsque Madeleine PEETERS organise un repas de fête à l’occasion de l’anniversaire de Rae (21 ans) le 16 août.
>Rapport : le 17 août, Marcel PEETERS, accompagné de Gaston RENAETS (Pastorijstraat à Kasterlee) et d’un RENIERS, conduit les trois aviateurs à la gare de Herentals où ils sont remis à Madame VERSTRAETEN (voir ci-dessous) venue de Turnhout. L’article : Rae cite le 18 août comme étant la date de son départ avec Tweedy et Reading de la ferme des PEETERS. Rae est vêtu d’un costume de marié dont le pantalon est trop court pour ses longues jambes. Sa chevelure rousse est recouverte d’un large béret. Les aviateurs font leurs adieux et Madeleine et Reme conduisent les trois hommes à pied jusqu’à la gare de Geel pour prendre un train en direction de Bruxelles. Reme leur procure des tickets, mais ni lui, ni Madeleine, ni un autre guide ne les rejoignent à bord du train. A l’arrêt du train en gare d’Herentals, un jeune homme costaud vient s’asseoir près d’eux. Manifestement au courant à leur propos, il se présente comme le S/Sgt Martin, un aviateur américain également en fuite [il s’agit de Roy Martin.]
Rae ne mentionne pas de séjour à Herentals et ce qui précède ne coïncide pas avec des renseignements recueillis par Kamiel Mertens, historien local, qui confirment qu’Arthur Rae, Philip Tweedy, Roy Reading et Roy Martin ont bien été aidés par Zozine Émilienne LAFFILI, 41 ans, épouse de François VERSTRAETEN (prisonnier en Allemagne depuis mai 1940) du n° 80 (actuellement n° 84) de la Kwakkelstraat à Turnhout. Note : le prénom de Zosime LAFILI est repris sous différentes orthographes selon les sources : Zozine, Jozine, Josine, mais son acte de naissance établi à Leuven le 17 novembre 1902 reprend bien Zosime.
De chez Zosime LAFFILI, toujours selon Kamiel Mertens, Rae aurait été guidé par elle en compagnie de Albert GEVERS (habitant à Mol) de Turnhout à Anvers, puis à Bruxelles, où le rendez-vous était à la Place Communale de Laeken. Là, les "colis" étaient remis à Frédéric DE MEYER (habitant au 102 Rue de la Victoire, à Saint-Gilles-Bruxelles).
Selon les archives de EVA, Rae arrive chez EVA grâce à Charles BOURDILLOUD ("Max"), du 26 Avenue Alexandre Bertrand à Forest, Bruxelles. (Charles BOURDILLOUD, a été arrêté à la Chaussée de Bruxelles, à Wavre le 6 août 1944, par des rexistes, collaborateurs belges pro-Nazis, accompagnés d’un officier allemand, Oskar Schmidt, en même temps qu’Alphonse BOSCH, bourgmestre de Wavre, Georges JANCART de Wavre et Paul Louis VAN HUMBEEK de La Hulpe. Tous quatre ont alors été emmenés en voiture dans le Bois du Val à la sortie de Wavre où ils ont été abattus. Un monument a été érigé à leur mémoire le long de la Chaussée de Huy (Bois des Neulettes, sur la route vers Dion-Valmont).
Poursuivons l’article : Les évadés, maintenant quatre, poursuivent leur voyage en train depuis Herentals et descendent à une petite gare (celle de Berchem) juste avant d’arriver à Anvers, où ils montent dans le train vers Bruxelles. Sur le quai ils aperçoivent leurs guides à quelque distance, une dame et une très jeune fille. A bord du train, un ou une autre guide les prend en charge. Arrivés à une gare à Bruxelles (Rae ne pourrait dire laquelle), ils sont menés en tram pour un court trajet vers la maison d’un journaliste sportif qui a bien pris soin d’eux et chez qui ils passent la nuit . [Nous pensons qu’il doit s’agir de Severin DE MEERSMAN, du 39 Quai au Bois à Brûler à Bruxelles, dont c’était la profession…].
Le lendemain, le journaliste les prend dans une très petite auto Volkswagen [sic] pour les mener à une villa située à Linkebeek, au sud de Bruxelles. Une dame agréable les y accueille. Cette Madame HUZE (non-identifiable) parle très bien anglais et Rae pense sans en être sûr qu’elle avait été mariée à un Canadien, qui n’était pas à la maison. Rae mentionne le passage un jour d’un visiteur parlant un anglais scolaire dont il pense qu’il pourrait être un agent secret. Mme Huze semble le connaître et encourage les évadés à répondre à toutes ses questions. Avant de partir, l’individu fait comprendre qu’ils pourront bientôt prendre le chemin de l’Angleterre.
Rae ne se souvient pas de la durée de leur séjour dans cette villa , qu’ils quittent pour se rendre en tram vers leur cachette suivante. L’américain Martin ne les accompagne pas. Le groupe arrive à un café "Le Coq d’Or, in Uccle" où ils sont accueillis par le propriétaire Jean VAN HOEF. [Il s’agit non pas du Coq d’Or, mais bien du café "Au Château d’Or Chez Léonard", tenu par Madame Veuve Léonard VAN HOEF au 1084 Chaussée d’Alsemberg à Uccle – repris dans l’Almanach de Bruxelles, éditions 1939 et 1946-47. Jean doit être le fils et est repris à la LHB à cette adresse.]

Le café est grand et fréquenté aussi bien par les locaux que par les Allemands. Les évadés doivent donc se cacher à l’étage pendant les heures d’ouverture, ne pouvant jouir d’un peu de liberté qu’en soirée. Bien nourris…et amplement servis en bières, leur séjour chez les VAN HOEF se passe bien. On leur donne de nouvelles cartes d’identité, de meilleure qualité. Vient alors le moment d’un autre déplacement, qui s’avérera être le dernier. Rae, Tweedy et Reading sont menés en tram pour être logés au 4ème étage d’un immeuble à appartements à Ixelles, chez Madame Helene Bee, une Danoise dont le mari avait été envoyé pour travail forcé en Allemagne. Roy Reading les quitte là, étant emmené par une séduisante femme médecin. [Nous n’avons pu identifier ni Mme Bee, ni la doctoresse…]. L’appartement est confortable, bien fourni en livres en anglais et disposant d’un gramophone et de disques. Rae et Tweedy sont souvent visités là par Jeanne Roggemans, 17 ans, vivant avec ses parents dans un autre appartement de l’immeuble et profitant de l’occasion pour parfaire son anglais.
A leur réveil au matin du 3 septembre, ils entendent à la radio que des troupes britanniques s’approchaient de Bruxelles. La rue grouille de militaires Allemands en fuite et en fin d’après-midi, arrive un groupe de Résistants armés demandant à voir les aviateurs anglais… Les évadés se méfient, ne sachant à qui ils auraient affaire, et quittent la maison par l’arrière via les jardins voisins. Ils sont rattrapés et les hommes leur apprennent que leur but est de les mener auprès des troupes Britanniques qui avaient déjà atteint la ville. Rae et Tweedy font leurs adieux à Mme Bee avant d’être menés en ville auprès d’un capitaine des Welsh Guards, qui les écoute avec sympathie mais dit regretter devoir les arrêter jusqu’à ce que leurs identités aient pu être vérifiées. Rae et Tweedy n’avaient que leurs plaquettes d’identification et quelques faux papiers à lui montrer. Ils doivent passer la nuit à la rue, couchés sur une couverture, sous un camion de la British Army… Le lendemain, l’officier réapparaît, leur dit que tout a été vérifié mais qu’il ne peut plus s’occuper d’eux et leur conseille de retourner en attendant chez Mme Bee et ses amis. C’est ce qu’ils font et ils prennent part le soir à une “liberation” party dans l’appartement.
Le lendemain, un des Résistants vus la veille, passe les voir pour leur dire qu’une unité des Renseignements de l’Armée était arrivée au Palais de la Reine (sic) à Bruxelles. Mme Bee et Jeanne Roggemans accompagnent alors Rae et Tweedy jusque-là, où un major vérifie leur identité sur base d’une liste puis leur remet un laissez-passer. Le major les met en contact avec un officier de l’Intendance dont l’unité devait retourner à Arras en France le lendemain pour chercher de l’approvisionnement. L’officier accepte de les convoyer et le lendemain, après une dernière nuit et adieux à leurs Helpers belges, ils sont conduits jusqu’à Arras… où ils passent une nouvelle nuit sous un camion. Une autre unité les conduit à Amiens dont ils atteignent les faubourgs en début d’après-midi le 6 septembre. Ils sont abandonnés là à leur sort, sans possibilité d’être transportés plus loin, sans provisions ni logement. Une discussion s’engage entre les deux hommes qui aboutit à une séparation sur une poignée de mains avant que Tweedy parte seul à pied en direction d’Amiens. Rae ne le reverra que 53 ans plus tard.
Le 6 septembre, Rae se dirige alors seul vers un aérodrome [celui d’Amiens-Glisy, au sud-est de la ville] où il s’adresse au corps de garde. Un policier militaire de la RAF, bien qu’étonné par son accoutrement, ne fait pas d’objection après avoir entendu le récit de Rae et s’arrange pour lui procurer de quoi manger. Il conseille à Rae de tenter de monter à bord de l’un des avions américains devant rejoindre Londres l’après-midi. Il se porte garant pour lui auprès d’un pilote américain se préparant à partir et qui, après avoir entendu les explications de Rae, lui dit “Fine, OK”. Pas d’autres questions, mais Rae devra être remis aux Services de Renseignements dès leur arrivée à Hendon. Décollage, arrêt en route à Reims et remise de Rae à Hendon par le pilote à un sergent de la Police Militaire pour interrogatoire. Tout se passe bien et Rae est alors conduit au Ministère de l’Aviation où il subit un interrogatoire serré et passe une visite médicale. C’est là qu’il apprend que tous les autres membres de son équipage ont été faits prisonniers. Ayant reçu un nouvel équipement, on le place à bord du train du soir pour Dundee, où il arrive au matin du 7 septembre. Après une permission, il ne retourne pas à son unité, et ce n’est que le 9 février 1945 qu’il reçoit une nouvelle affectation dans la RAF, montant ce jour-là dans un Dakota à destination de Calcutta. Il remplit diverses fonctions en Inde avant d’être démobilisé en août 1946.
Après une tentative infructueuse en 1950 via la RAF Escaping Society de pouvoir localiser certains de ses Helpers belges, vu qu’il ne connaissait que leurs prénoms et sans leurs adresses, Rae perdit l’espoir de les retrouver. Émigré au Canada avec sa femme Kathleen et leurs enfants de 1960 à 1963, puis rentré en Écosse, il n’y pensa plus. Du côté belge, il lui semble qu’il ait pu avoir eu des tentatives de le retrouver, mais un bruit avait couru selon lequel il avait été tué vers la fin de la guerre. Tweedy, également influencé par cette rumeur, se limita de son côté à faire des recherches dans les années ’50 en Belgique. Par hasard, après avoir adhéré comme membre de la 76 Squadron Association en 1997, Rae put renouer le contact avec Tweedy, également membre, qui put lui fournir pas mal de détails sur leurs Helpers. La même année, il fit le voyage vers la Belgique avec Kathleen et put revoir Marcel et Madeleine PEETERS à Geel qui lui apprirent ce qui était arrivé aux autres. En septembre 1997, accompagnés de leurs épouses respectives, Rae et Tweedy purent se revoir pour la première fois en 53 ans lors d’une réunion de leur Association.
Certaines sources renseignent Arthur Rae comme ayant été inclus dans l’Opération Marathon (camps secrets dans les Ardennes belges). C’était peut-être le but, mais vu la situation militaire après le Débarquement, il fut jugé préférable que Rae et Tweedy restent cachés à Bruxelles jusqu’à la Libération, ce qui s’avère exact.
L’article écrit par Arthur Rae a pu être trouvé sur la page http://ww2talk.com/index.php?threads/76-squadron-halifax-mz623-lost-24-05-1944.62305/ accédée en mai 2021. Sa photo en médaillon provient de sa nécrologie à https://www.holdthefrontpage.co.uk/2012/news/former-sub-who-evaded-capture-in-war-dies-at-89/