Dernière mise à jour le 19 mai 2021.
Philip TWEEDY / 985105
2 Brooklyn Street, Murton, Durham
Né le 14 août 1920 à Murton, Durham / † le 13 mars 2005
Fl/Sgt, RAF Bomber Command 635 Squadron, mécanicien
Lieu d'atterrissage : entre Rauw et Baelen près de Mol (Anvers)
Avro Lancaster Mk III, ND819, F2-M, abattu dans la nuit du 21 au 22 mai 1944 lors d'une mission sur Duisburg
Écrasé à Luyksgestel, Noord-Brabant, Pays-Bas, à ± 12 km au Sud-Ouest de Valkenswaard, près de la frontière belge
Durée : 3½ mois
Caché à : divers endroits en Belgique et libéré à Bruxelles le 3 septembre 1944
Rapport d'évasion SPG 3322/2289.
Cinq membres de l'équipage furent tués : le Sgt Ernest Jones Rowlands, le F/Sgt Marshall Brian Rumbles, le F/Sgt Lewis John Making, le F/Sgt Alan Arthur Jepson (RCAF) et le W/O Geoffrey Arthur Douglas Mould. Le Sgt Rowlands repose au Nederweert War Cemetery ; les sergents Rumbles, Making et Jepson, eux, sont enterrés au Woensel General Cemetery à Eindhoven, Pays-Bas. Les restes de Geoffrey Mold n’ont jamais été retrouvés et son nom figure au tableau des Disparus au Memorial de Runnymede dans le Surrey, Angleterre.
L'opérateur-radio J. A. Porter, également à bord, parvint d'abord à s'évader mais fut arrêté le 16 juin 1944 et interné au Stalag Luft 7, prisonnier n° 278.
Tweedy, qui a perdu ses bottes en sautant, est immédiatement récupéré à son atterrissage à Baelen-Nethe par Aloïs AERTS le 21 mai. Il reste 6 heures chez AERTS au 1 Kieselweg à Rauw (Mol), reçoit des souliers de Frans THIELENS et mange, puis est passé aux frères Jozef et Albert COOLS à Baelen-Nethe (Schoor 34 et 35). Il dort une nuit chez les frères COOLS.
Notre ami Michael LeBlanc, chercheur canadien, nous a transmis en mai 2021 un rapport établi le 19 juillet 1948 sur les activités de la Section de Geel, Limbourg du MNB (Mouvement National Belge). Selon ce document, Philip Tweedy et Arthur Rae ont été récupérés et hébergés par Victor NEELS (97 Rosselaar, Balen-Nethe) et remis par celui-ci le 26 mai à Jeanne LEEMANS, épouse de Clement LEEMANS (9 Heiligenstraat à Geel), qui les confie le même jour à Frans et Dymphna NEVELSTEEN (habitant avec leur fils Carolus / Charles au 89 Pas, à Geel). Tweedy et Rae sont logés chez les NEVELSTEEN jusqu’au 12 juin. Selon Rae, confinés dans un espace réduit, ils passent la plupart de leurs journées à deviser et jouer aux cartes. Ils y apprennent que le Débarquement a eu lieu le 6 juin en Normandie. Le 12 juin, Frans NEVELSTEEN, fort agité, leur apprend que Jeanne LEEMANS a été arrêtée et qu’ils doivent être immédiatement transférés ailleurs. [La date n’est pas exacte : le rapport mentionne que Jeanne LEEMANS a été arrêtée le 11 juillet 1944, en même temps que les NEVELSTEEN et leur fils Charles. Petrus Franciscus Josephus (Peter Frans) NEVELSTEEN a été envoyé en camps en Allemagne par le convoi du 10 août 1944 à destination de Buchenwald et est décédé le 20 novembre 1944 à la prison de Sangerhausen, à l’âge de 58 ans. Son épouse, Maria Dimphna a survécu à la guerre. (Liste des Helpers Belges).]
Philip Tweedy et Arthur Rae sont restés ensemble depuis leur séjour chez les NEVELSTEEN jusqu’à leur libération en septembre 1944. Nous reprenons ci-dessous les détails de leur évasion, selon un article d’Arthur Rae datant de 1998, complété par des éléments d’archives.
Le 12 juin, donc, Rae et Tweedy sont repris chez les NEVELSTEEN par Frans et Marie KERKHOFS, beau-fils et fille des NEVELSTEEN, qui les hébergent jusqu’au 30 juin au 85 Pas à Geel (Liste des Helpers Belges). Il semble que ce soit durant cette période "qu’un homme (non identifié) arrive de Bruxelles avec de fausses cartes d’identité pour les deux hommes". Ils sont encore davantage confinés avec beaucoup de tensions perceptibles.
Bientôt, Rae et Tweedy doivent bouger à nouveau (vers le 5 juillet), cette fois vers une ferme juste en bordure de Geel. Là, ils sont confrontés et interrogés par un homme armé d’un pistolet qui veut s’assurer que les deux hommes sont bien de la RAF. "Rick" Hulsman, leur interrogateur, les met en contact avec les propriétaires de la ferme, Marcel et Madeleine Peeters. [Rapport MNB : Le 30 juin, Henri HULSMANS de Leopoldsburg et un CLAES viennent chercher Tweedy et Rae chez les KERKHOFS. Ils sont hébergés (le rapport ne dit pas chez lequel des deux, CLAES ou HULSMANS, mais nous penchons pour ce dernier) jusqu’au 8 juillet. Ce jour-là, CLAES et HULSMANS mènent Tweedy et Rae chez Marcel et Madeleine PEETERS au 52 Laar à Geel (LHB)]. Là, ils rencontrent un autre aviateur, Roy Reading, qui avait atterri presque dans l’arrière-cour des KERKHOFS le 13 mai.
Il y avait pas mal de monde résidant ou de passage à la ferme. "Rick" HULSMANS et sa femme "Lika" de passage ; Louis Ceulemans et Louis van Seegers tentant d’échapper à une arrestation, cachés ; les parents de Madeleine et sa sœur Maria, en visite, ainsi que Louis, le frère de Marcel. La ferme en elle-même n’était pas très grande et le logement y était un problème. Les évadés dormaient dans une sorte de "box" (caisse, coffre) caché dans une meule de foin au fond du jardin. Un jour, un Résistant se faisant appeler Reme et membre d’une organisation spécialisée en aide à l’évasion, arrive à la ferme. Il déclare qu’après une vague d’arrestations due à une infiltration de la ligne, tout est redevenu normal. Reme leur procure des documents de voyage et d’identité, tandis que Madeleine PEETERS et d’autres leur cherchent des vêtements et chaussures convenables pour la suite de leur parcours. Reme disparaît alors de la circulation sans leur donner d’indications quant à la manière ni la date à laquelle ils pourront poursuivre leur route. Leur impatience grandit à l’écoute de la radio et les nouvelles du front évoquant le blocage de l’avancée des troupes Alliées en Normandie.
La tension se relâche un peu lorsque Madeleine PEETERS organise un repas de fête à l’occasion de l’anniversaire de Rae (21 ans) le 16 août.
Rapport MNB : le 17 août, Marcel PEETERS, accompagné de Gaston RENAETS (Pastorijstraat à Kasterlee) et d’un RENIERS, conduit les trois aviateurs à la gare de Herentals où ils sont remis à Madame VERSTRAETEN (voir ci-dessous) venue de Turnhout. L’article : Rae cite le 18 août comme étant la date de son départ avec Tweedy et Reading de la ferme des PEETERS. Rae est vêtu d’un costume de marié dont le pantalon est trop court pour ses longues jambes. Sa chevelure rousse est recouverte d’un large béret. Les aviateurs font leurs adieux et Madeleine et Reme conduisent les trois hommes à pied jusqu’à la gare de Geel pour prendre un train en direction de Bruxelles. Reme leur procure des tickets, mais ni lui, ni Madeleine, ni un autre guide ne les rejoignent à bord du train. A l’arrêt du train en gare d’Herentals, un jeune homme costaud vient s’asseoir près d’eux. Manifestement au courant à leur propos, il se présente comme le S/Sgt Martin, un aviateur américain également en fuite [il s’agit de Roy Martin.]
Selon des renseignements recueillis par Kamiel Mertens, historien local, il se confirme qu’Arthur Rae , Philip Tweedy, Roy Reading et Roy Martin ont bien été aidés par Zozine Émilienne LAFFILI, 41 ans, épouse de François VERSTRAETEN (prisonnier en Allemagne depuis mai 1940) du n° 80 (actuellement n° 84) de la Kwakkelstraat à Turnhout. Note : le prénom de Zosime LAFILI est repris sous différentes orthographes selon les sources : Zozine, Jozine, Josine, mais son acte de naissance établi à Leuven le 17 novembre 1902 reprend bien Zosime.
De chez Zosime LAFFILI, toujours selon Kamiel Mertens, Tweedy aurait été guidé par elle en compagnie de Albert GEVERS (habitant à Mol) de Turnhout à Anvers, puis à Bruxelles, où le rendez-vous était à la Place Communale de Laeken. Là, les "colis" étaient remis à Frédéric DE MEYER (habitant au 102 Rue de la Victoire, à Saint-Gilles-Bruxelles).
Les évadés, maintenant quatre, poursuivent leur voyage en train depuis Herentals et descendent à une petite gare (celle de Berchem) juste avant d’arriver à Anvers, où ils montent dans le train vers Bruxelles. Sur le quai ils aperçoivent leurs guides à quelque distance, une dame et une très jeune fille. A bord du train, un [ou une] autre guide les prend en charge. Arrivés à une gare à Bruxelles [Rae ne pourrait dire laquelle], ils sont menés en tram pour un court trajet vers la maison d’un journaliste sportif qui a bien pris soin d’eux et chez qui ils passent la nuit . [Nous pensons qu’il doit s’agir de Severin DE MEERSMAN, du 39 Quai au Bois à Brûler à Bruxelles, dont c’était la profession…]
Le lendemain, le journaliste les prend dans une très petite auto Volkswagen [sic] pour les mener à une villa située à Linkebeek, au sud de Bruxelles. Une dame agréable les y accueille. Cette Madame HUZE (non-identifiable) parle très bien anglais et Rae pense sans en être sûr qu’elle avait été mariée à un Canadien, qui n’était pas à la maison. Rae mentionne le passage un jour d’un visiteur parlant un anglais scolaire dont il pense qu’il pourrait être un agent secret. Mme Huze semble le connaître et encourage les évadés à répondre à toutes ses questions. Avant de partir, l’individu fait comprendre qu’ils pourront bientôt prendre le chemin de l’Angleterre.
Rae ne se souvient pas de la durée de leur séjour dans cette villa , qu’ils quittent pour se rendre en tram vers leur cachette suivante. L’américain Martin ne les accompagne pas. Le groupe arrive à un café "Le Coq d’Or, in Uccle" où ils sont accueillis par le propriétaire Jean VAN HOEF. [Il s’agit non pas du Coq d’Or, mais bien du café "Au Château d’Or Chez Léonard", tenu par Madame Veuve Léonard VAN HOEF au 1084 Chaussée d’Alsemberg à Uccle – repris dans l’Almanach de Bruxelles, éditions 1939 et 1946-47. Jean doit être le fils et est repris à la Liste des Helpers Belges à cette adresse.]

Le café est grand et fréquenté aussi bien par les locaux que par les Allemands. Les évadés doivent donc se cacher à l’étage pendant les heures d’ouverture, ne pouvant jouir d’un peu de liberté qu’en soirée. Bien nourris…et amplement servis en bières, leur séjour chez les VAN HOEF se passe bien. On leur donne de nouvelles cartes d’identité, de meilleure qualité. Vient alors le moment d’un autre déplacement, qui s’avérera être le dernier. Rae, Tweedy et Reading sont menés en tram pour être logés au 4ème étage d’un immeuble à appartements à Ixelles, chez Madame Helene Bee, une Danoise dont le mari avait été envoyé pour travail forcé en Allemagne. Roy Reading les quitte là, étant emmené par une séduisante femme médecin. [Nous n’avons pu identifier ni Mme Bee, ni la doctoresse…]. L’appartement est confortable, bien fourni en livres en anglais et disposant d’un gramophone et de disques. Rae et Tweedy sont souvent visités là par Jeanne Roggemans, 17 ans, vivant avec ses parents dans un autre appartement de l’immeuble et profitant de l’occasion pour parfaire son anglais.
A leur réveil au matin du 3 septembre, ils entendent à la radio que des troupes britanniques s’approchaient de Bruxelles. La rue grouille de militaires Allemands en fuite et en fin d’après-midi, arrive un groupe de Résistants armés demandant à voir les aviateurs anglais… Les évadés se méfient, ne sachant à qui ils auraient affaire, et quittent la maison par l’arrière via les jardins voisins. Ils sont rattrapés et les hommes leur apprennent que leur but est de les mener auprès des troupes Britanniques qui avaient déjà atteint la ville. Rae et Tweedy font leurs adieux à Mme Bee avant d’être menés en ville auprès d’un capitaine des Welsh Guards, qui les écoute avec sympathie mais dit regretter devoir les arrêter jusqu’à ce que leurs identités aient pu être vérifiées. Rae et Tweedy n’avaient que leurs plaquettes d’identification et quelques faux papiers à lui montrer. Ils doivent passer la nuit à la rue, couchés sur une couverture, sous un camion de la British Army… Le lendemain, l’officier réapparaît, leur dit que tout a été vérifié mais qu’il ne peut plus s’occuper d’eux et leur conseille de retourner en attendant chez Mme Bee et ses amis. C’est ce qu’ils font et ils prennent part le soir à une “liberation” party dans l’appartement.
Le lendemain, un des Résistants vus la veille, passe les voir pour leur dire qu’une unité des Renseignements de l’Armée était arrivée au Palais de la Reine [sic] à Bruxelles. Mme Bee et Jeanne Roggemans accompagnent alors Rae et Tweedy jusque-là, où un major vérifie leur identité sur base d’une liste puis leur remet un laissez-passer. Le major les met en contact avec un officier de l’Intendance dont l’unité devait retourner à Arras en France le lendemain pour chercher de l’approvisionnement. L’officier accepte de les convoyer et le lendemain, après une dernière nuit et adieux à leurs Helpers belges, ils sont conduits jusqu’à Arras… où ils passent une nouvelle nuit sous un camion.
Une autre unité les conduit à Amiens dont ils atteignent les faubourgs en début d’après-midi le 6 septembre. Ils sont abandonnés là à leur sort, sans possibilité d’être transportés plus loin, sans provisions ni logement. Une discussion s’engage entre les deux hommes qui aboutit à une séparation sur une poignée de mains avant que Tweedy parte seul à pied en direction d’Amiens. Rae ne le reverra que 53 ans plus tard.Ce qui précède diffère avec un extrait d’archive selon lequel Tweedy (qui n’aurait pas quitté Bruxelles) serait resté caché à Bruxelles chez Victor RANDOUR (147 Avenue des Cerisiers à Woluwé-Saint-Lambert) et remis aux autorités alliées à l’Hôtel Métropole à la Libération au début septembre 1944. Selon Rae, Tweedy aurait rejoint l’Angleterre deux jours après lui (le 8 septembre).
Concernant les retrouvailles de Tweedy et Rae : Après une tentative infructueuse en 1950 via la RAF Escaping Society de pouvoir localiser certains de ses Helpers belges, vu qu’il ne connaissait que leurs prénoms et sans leurs adresses, Rae perdit l’espoir de les retrouver. Emigré au Canada avec sa femme Kathleen et leurs enfants de 1960 à 1963, puis rentré en Ecosse, il n’y pensa plus. Du côté belge, il lui semble qu’il ait pu avoir eu des tentatives de le retrouver, mais un bruit avait couru selon lequel il avait été tué vers la fin de la guerre. Tweedy, également influencé par cette rumeur, se limita de son côté à faire des recherches dans les années ’50 en Belgique. Par hasard, après avoir adhéré comme membre de la 76 Squadron Association en 1997, Rae put renouer le contact avec Tweedy, également membre, qui put lui fournir pas mal de détails sur leurs Helpers. La même année, il fit le voyage vers la Belgique avec Kathleen et put revoir Marcel et Madeleine PEETERS à Geel qui lui apprirent ce qui était arrivé aux autres. En septembre 1997, accompagnés de leurs épouses respectives, Rae et Tweedy purent se revoir pour la première fois en 53 ans lors d’une réunion de leur Association.
Certaines sources renseignent Philip Tweedy comme ayant été inclus dans l’Opération Marathon (camps secrets dans les Ardennes belges). C’était peut-être le but, mais vu la situation militaire après le Débarquement, il fut jugé préférable que Rae et lui restent cachés à Bruxelles jusqu’à la Libération, ce qui s’avère exact.